Paul Smith : God save the dandy!

Paul Smith est ainsi : un boulimique de la vie, curieux de tout et de tous, bien dans son époque. «Ce qui est intéressant aujourd’hui c’est cet accès instantané à n’importe quelle information dont vous avez besoin via internet. C’est fantastique et si facile » s’extasie le couturier. Etonnant parcours que celui de créateur-hommes d’affaires qui a su conserver l’entier controle de son empire. Impossible également de le résumer aux couleurs et aux rayures qu’il a introduit dans le costume classique, juste dose d’excentricité qui ont a fait sa gloire. Il a été le premier à donner envie aux hommes de suivre la mode, leur proposant un vestiaire portable mais décalé. Au fil du temps, il a su renouveler sa clientèle : « elle est plus jeune, plus rock’n’roll, plus énervée aujourd’hui » se réjouit l’homme. Son credo n’a pas changé : « l’honnêteté, l’enthousiasme et la gestuelle ». Rencontre avec Sir Paul Smith, icône british aux cotés de la Reine et des Beatles.

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Plus qu’une griffe de luxe, Paul Smith c’est un univers ?

J’attire effectivement chez moi une autre clientèle que celle du luxe pur car si on trouve des vêtements chers il y a en plus tout un tas d’accessoires et d’objets très abordables. On ne sait pas si on est chez un couturier ou chez un antiquaire. C’est assez excitant ! J’adore l’idée de boutiques dans la boutique, qu’on puisse y trouver des livres et des objets que j’aime.

«L’inspiration est partout. Si vous ne la trouvez pas, ouvrez les yeux » aimez vous dire ?

La vie de tous les jours, les rencontres, les discussions, tout cela nourrit, inconsciemment, ma créativité. Ensuite, si la première génération de l’après guerre, dans les années 50, était triste, déprimée et n’avait rien à manger, la seconde, dans les sixties, a soudainement eu la possibilité de s’exprimer librement. D’où une explosion créative et une folle liberté. Cela a donné le rock’n’roll en musique et le dandysme dans la mode. Les jeunes gens de bonne famille se sont rebellés contre leur milieu et s’ils continuaient à aller faire tailler leur costume à Savile Row, ils les choisissaient dans des tissus excentriques. J’ai démarré à cette époque là.

Ce mélange de coolitude et de dandysme, c’est très British !

Je suis un vrai britannique ! Les anglais, à la différence des Français des Italiens ou des Allemands sont plus ouverts d’esprit. Dans ces pays, il faut que les choses soient d’une manière et pas d’une autre, particulièrement en Italie ou il faut faire « Belle figure », où l’on doit avoir telle allure. Les anglais eux sont plus libres et plus ouvert, je pense, aux nouvelles idées. Dans les sixties,  les jeunes français manifestaient, brûlaient des voitures et faisaient de la politique alors que les jeunes anglais s’exprimaient par la musique ou la mode, une manière gentille de s’affirmer sans agressivité. Je ne dis pas que l’une est mieux que l’autre mais ce sont deux façons différentes de concevoir la vie !

Vous, vous avez inventé le « Classique with a twist »…

Beaucoup de créateurs fabriquent des vêtements incroyables et très intéressant mais qui dans la vie courante sont très rarement portables. Les miens sont faciles a porter pour travailler, sortir : c’est classique avec quelque chose d’inattendu dans le détail, les boutons, la doublure etc. Plus globalement, j’ai un regard positif sur la vie et le monde. J’ai aussi la possibilité de dire non a ce qui ne me plait pas et je n’ai pas la pression du type à qui on demande de vendre toujours plus, de dégager toujours plus de profit. Moi je dis « Allons y,  calmement ! ». Enfin, j’ai toujours eu un lien étroit avec le monde de la musique. Je connais personnellement beaucoup de musiciens que j’habille de Led Zep à Rod Steward en passant par Eric Clapton jusqu’à Travis ou Franz Ferdinand aujourd’hui. Je me sens très privilégié d’avoir cette vie.

Vous dites tout devoir à votre femme, Pauline ?

C’est vrai. Quand je l’ai rencontré j’étais vendeur dans la boutique d’une amie. Elle avait fait le Royal College of Art et elle voulait se lancer mais disait ne pas savoir vendre. Je lui ai répondu que moi je savais et nous avons démarré ensemble. Le soir, à la maison, elle m’a appris le vêtement.

A 65 ans et plus de 40 ans de carrière, que vous dites vous en regardant en arrière ?

Rien ! Ce qui m’intéresse, c’est la journée que je vais vivre. J’aime me lever très tôt, aller nager, faire du vélo, travailler. J’ai bien sur peur de la mort, comme tout le monde. Certains pensent qu’il existe une autre vie ensuite, un au delà, un Dieu, mais on ne sait pas. C’est effrayant pour moi comme pour les autres. Mais si vous vous compliquez la tête à penser à tout ça, vous allez devenir dépressif. Alors que si vous considérez chaque jour comme une belle journée, vous avez une vie fantastique !

La retraite vous y songez ?

Oh non, ce serait si ennuyeux ! Je préfère mener une vie folle !

Vous ne regrettez jamais de pas avoir gagné le Tour de France, vous qui adolescent rêviez d’être cycliste professionnel avant qu’un accident ne mette un terme à votre vocation ?

Ca aurait été formidable ! J’aime toujours le cyclisme mais je crois que je n’étais ni assez fort, ni assez courageux pour gagner le Tour de France ! C’est mon père qui m’a acheté mon premier vélo à 11 ans et j’ai rejoins le club cycliste local. Pour moi c’était la liberté. Pour la première fois, j’étais seul, sans mes parents, et avec d’autres jeunes, on partait en randonnée. Ca m’a appris l’esprit d’équipe ce qui m’a ensuite beaucoup servi dans mon entreprise.

C’est aussi votre père qui vous a mis à la photographie, votre « nouveau boulot » comme vous dites ?

Effectivement, il avait une chambre noire chez nous et réalisait des photos-montage. J’ai appris dés mes 11 ans et aujourd’hui je fais des photos tout le temps, que ce soit dans le rue, pour les campagnes publicitaire Paul Smith ou pour une récente exposition sur les danseurs et danseuses du Royal Ballet.! Dans le même ordre d’idée j’ai aussi travaillé sur l’atmosphère, les couleurs et la musique du film La Taupe de Tomas Alfredson, l’adaptation d’un roman de John Le Carré.  Tout cela est très différent de ce que je fais habituellement et c’est agréable d’être confronté à quelque chose de nouveau. J’aime avoir peur !

(Décembre 2011)

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