Jean-Claude Jitrois : «ma devise : ne pas pécher par orgueil ! »

L’homme est attachant, passionné et atypique. Au milieu des défilés zapping de la Fashion Week, il prend le temps de recevoir chez lui, au-dessus du Jardin des Tuileries, dans ce qui fut autrefois l’appartement de Marguerite Yourcenar. Un lieu en adéquation avec cet homme de culture

Le cuir, sa spécialité, est plus fluide et souple que jamais. «Quand j’ai commencé il y a 25 ans, le cuir était soit noir soit marron. C’était le blouson noir des mauvais garçons et des punks, une matière très masculine » sourit Jitrois, silhouette svelte de jeune homme, bien loin de ses 69 ans. « Combien de fois me suis-je entendu dire que le cuir était vulgaire, qu’il était froid l’hiver et chaud l’été et que je devrais plutôt travailler la soie ! Mais je suis resté fidèle à ma matière fétiche et je l’ai féminisé au maximum en l’assouplissant et en l’associant à d’autres matières comme par exemple la maille. Et je suis rentré de plein fouet dans le cuir de séduction le jour ou j’ai pu mettre dessus le coton dermastrech. Avec ce cuir Strecht, la maison Jitrois a décollé dans le monde entier ! ». Désormais aussi souple que la fameuse soie, le cuir Jitrois conquiert les femmes du monde entier, de la fashionitas à la mère de famille en passant par le gotha du rock : Heidi Klum, Beyoncé, Lady Gaga pour ne citer qu’elles. « Un Jitrois » passe même désormais en machine et est repassable. « Dans l’absolu, tout le monde pourrait me copier. Il n’existe pas de brevet pour de telles innovations. Mais voilà, personne ne sait le faire ! » se réjouit le designer.

À raison de 4 collections annuelles d’une centaine de modèles chacune, Jean-Claude Jitrois va ainsi survivre à la 1ère guerre du Golfe puis à la seconde, à la chute du dollar, à la crise économique, financière et surtout réussir l’exploit de demeurer indépendante. « La phrase clé de la maison Jitrois, c’est : « dans la mode, il ne faut pas commettre de péché d’orgueil » » énonce le créateur. « Combien de créateurs de talents ont disparu ces 20 dernières années ? La liste est longue…  Alors, il faut être capable de diriger son entreprise sans céder aux sirènes des financiers qui un jour vous rachètent, et qui ont des objectifs de rentabilité à courte vue incompatibles avec une stratégie de développement qualitative et de long terme. La logique de « maison » ma permis de conserver notre fabrication en france, ainsi que de valoriser notre capital humain. Nous, nous restons là, nous avons une spécificité et nous la gardons ! ». Et Jitrois n’a pas finit d’habiller d’une seconde peau les jolies femmes. Alors qu’avec son équipe de stylistes, ce chef d’orchestre « un crayon à la main à la place de la baguette », travaille déjà à la prochaine collection, il œuvre aussi à la pérennité de sa maison.  « Je suis un sportif et Jitrois est une course de fond où il faut savoir passer le relais » prévient l’homme. « Les personnes qui m’entourent sont ici depuis 20 ou 25 ans et les nouveaux s’intègrent très vite dans cette forme de famille recomposée. Je suis là pour définir la ligne directrice, mais mon souhait le plus cher est que ces personnes prennent le relais le jour venu. La maison ne changera pas de main et mon neveu gère déjà les boutiques de Cannes et de Courchevel. La force de Jitrois c’est aussi Sarah Marshall qui est là depuis 16 ans. Elle est ma muse et nous formons un binôme. Voilà, j’ai bâti un édifice et j’en donne la formule à mon entourage pour que la maison continue ».

Mais Jean-Claude Jitrois a encore un ou deux chapitres de son histoire à écrire avant de songer à se poser pour écrire ses Mémoires. Déjà présent aux Etats-Unis en multimarques, il ouvre un premier flagship de 270m2 à New York, en plein quartier branché de Soho. Los Angeles et Miami sont également au programme ainsi qu’un défilé à la Fashion Week de la Grosse Pomme. Implanté à Honk-Kong depuis 10 ans, Jitrois a aussi ouvert un « boudoir futuriste et glamoureux » signé Christophe Pillet à Beijing, en Chine. Enfin, le créateur a lancé sa première collection de sacs, baptisée Margot. Un modèle unique se déclinant en crocodile bleu profond, en python gris clair ou cuir grège. Un élégant « it » bag au style rétro des années 50 mais également très moderne avec son soufflet zippé intérieur qui permet de ranger une tablette tactile.

«Le produit doit être toujours être surprenant et beau » conclut Jean-Claude Jitrois. «Pour les vêtements, et j’insiste beaucoup là-dessus auprès de mes équipes, il doit être portable ! Il doit être dans l’air du temps, voire même le sentir un peu à l’avance, mais rester facilement portable. La force du cuir, c’est qu’il inscrit dans sa peau toutes celles qui l’ont porté. Il évoque forcément des bons souvenirs. On ne jette pas un cuir, on le garde toujours ! ».

(novembre 2012)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s