Fourrure : la mode retourne sa veste !

Alors que la fourrure s’est une fois encore imposée comme un incontournable de la dernière fashion week, PETA sort un nouveau film choc.

Le mercure peut bien plonger l’hiver, nous le passerons chaudement emmitouflés dans nos fourrures ! Vison, lapin, chinchilla et autres peaux précieuses habillent en effet la plupart des collections, d’Isabelle Marant à Yves Saint Laurent en passant par Chanel, Jean-Paul Gaultier, Hermes, Lanvin, Miu Miu ou Paule Ka. Manteaux, vestes, bottes, col, manchettes, écharpes, gants, chapkas et même sac, l’invasion des poils est totale et d’autant plus surprenante que depuis 20 ans la fourrure naturelle était totalement bannie des créations. L’opinion publique, sensibilisée par les spectaculaires campagnes de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), association de défense des animaux et anti-fourrure, ne tolérait que la fourrure synthétique. Les créateurs eux-mêmes ne se risquaient plus à passer pour des massacreurs d’adorables petites bêtes à poils. Pourtant, il y a trois ans, la tendance  a commencé à s’inverser. Et la mode de l’hiver dernier, encouragée par une météo glacial, l’a imposée. La fourrure était déjà omniprésente chez Lacroix, Rykiel, Prada, Fendi, Gucci, Roberto Cavalli, Jean Paul Gaultier, Paul Smith et bien d’autres encore. Les spécialistes tels Sprung Frères retrouvaient le sourire. Cet hiver, la mode a spectaculairement et définitivement retourné sa veste !

Car ils avaient été plusieurs a juré leurs grands dieux que jamais ils ne toucheraient à la fourrure. Ainsi, Giorgio Armani avait déclaré au Times magazine qu’à l’issue de plusieurs rencontres à Paris et Milan avec PETA, il s’était engagé à ne plus utiliser de peaux. Une promesse oubliée depuis et qui lui a valu une manifestation des anti-fourrures lors de son dernier défilé. Les manifestants étaient affublés de masques à l’effigie d’Armani agrémenté d’un nez de Pinocchio et scandaient « Armani men-teur ! ». Symbole de ce revirement de la mode à l’égard de la fourrure, le designer italien n’est pas le seul. Les mannequins qui, en leur temps, posèrent « à poil » pour la protection des bêtes à poils défilent aujourd’hui toutes fourrures dehors.  Ainsi, le top Agyness Deyn Lors arborait fièrement un autocollant « No Fur » lorsd’une soirée anti-fourrure à New-York avant d’assister, 48h plus tard, au gala du MOMA en veste… de fourrure ! Le show-bizz n’est pas en reste à l’image de Janet Jackson qui, après avoir milité contre la fourrure, s’affiche désormais sans complexe comme égérie de la marque BlackGlama.

Résultat, après le trou noir de 1995, le chiffre d’affaires de la fourrure augmenterait de 10% par ans depuis 10 ans, selon la Fédération Française des Métiers de la Fourrure. Le Design Center Saga Furs, au Danemark, a bien œuvré. Ce show-room créé par la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark, 60% de la production de fourrure de luxe à eux 4, invite régulièrement tous frais payé les créateurs, petits ou grands, ainsi que des étudiants-stylistes du monde entier à découvrir tout ce que la fourrure peut offrir en termes de création. Gansée, incrustée, dégradée, rasée, mélangée à d’autres textiles, teintée dans toutes les couleurs possibles, elle se révèle un matériau léger, chaud, glamour et incroyablement fashion. Parallèlement, le lobby de la fourrure a réussi à faire passer auprès du public le message selon lequel la fourrure synthétique, fabriquée à base de pétrole, ne serait pas écologique. La fourrure naturelle, essentiellement en provenance de ferme d’élevage où les animaux seraient très bien traités («seul un animal heureux donnant une belle peau »), participerait de la régulation des espèces !  Aussi, à moins d’être un végétarien convaincu, porter de la fourrure ne poserait pas plus de problème moral que de manger un poulet élevé en batterie. Ce que résume avec son franc parler habituel Karl Lagerfeld : « dans un monde où l’on mange de la viande, où l’on porte des chaussures, des habits et mêmes des sacs en cuir, le débat sur la fourrure est puéril ». Fureur des anti-fourrures…

Car le tableau est moins rose. Chaque année, plus de 50 millions d’animaux sont tués pour le commerce de la fourrure. 45 millions d’animaux sont effectivement issus de l’élevage (Pays Scandinaves, Russie, Canada, Etats-Unis, mais aussi en France qui produit 40 millions de peaux de lapins annuellement ainsi que d’une vison dans une vingtaine d’élevage). En sus des conditions stressantes et contre-nature dans lesquelles ils sont élevés, ils finissent gazés ou électrocutés avant d’être saignés puis dépecés, souvent encore conscients selon les anti-fourrures. On serait loin du « sacrifice indolore » vanté par les industriels de la fourrure. Encore plus choquant, le Breit, très tendance cet hiver, est une peau de bébé agneau. Mais pour obtenir son toucher incomparablement doux, il faut avorter la mère pour récupérer le fœtus et découper sa peau… 5 millions d’animaux sauvages sont ensuite capturés dans la nature. Certains sont chassés dans des conditions barbares comme les bébés phoques dont Brigitte Bardot prit la défense. Et une antilope n’est-elle pas plus belle dans la savane africaine plutôt que sur un it-bag ? Combien de cerf pour un accessoire en cuir ? Enfin, en Chine, chiens et chats sont des animaux à fourrure capturés et tués par milliers dans des conditions insoutenables. La fourrure made in China se retrouve ensuite dans nos magasins, sous un autre intitulé que « chien » ou « chat », interdit en Europe, à prix défiant toute concurrence…

Mais les conditions de vie et de mort des animaux ne semblant plus émouvoir les fashionitas, le business tourne. Régulièrement, la vente aux enchères de Copenhague, la plus grande du monde, voit affluer les acheteurs des plus grandes marques. 400 personnes venus s’arracher 2.5M de peaux de chinchilla, vison, renard, phoque et autre astrakan. Sachant qu’un manteau nécessite une centaine de peaux de chinchilla et que celle-ci vaut 120$ pièce… Beaucoup moins cher et donc bien plus démocratique, le lapin effectue une percée cette année. Leurs peaux représentent 1/3 du marché et on en trouvera beaucoup teinté façon jaguar cet hiver. Le reste finira dans les assiettes de nombre de restaurants.

La fourrure a donc repris du poil de la bête. Mais pour combien de temps ? Beaucoup de créateurs et de marques se refusent toujours à céder aux sirènes du marché. Stella McCartney, Vivienne Westwood, H&M ou Zara, pour ne citer que les plus connus, se cantonnent à la fourrure synthétique. L’ALF (Animal Libération front) n’hésite pas à fracturer les élevages et libérer les animaux. PETA, elle, va intensifier ses manifs anti-fourrure. Enfin, Israël devait voter, le 2 septembre, une loi interdisant sur son territoire le commerce de la fourrure !  Une loi exemplaire qui ferait de l’Etat Hébreu, avec l’Angleterre et l’Autriche, les pays les plus avancés en matière de législation pour la protection et le respect des animaux. La guerre de la fourrure continue…

(décembre 2011)

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