Jérôme L’Huillier, combattant de la mode

A l’occasion de ses 20 ans, en 2010, le créateur rêvait d’écrire vingt nouvelles belles années de mode. Portrait.

 20 ans ! Ca se fête ?

Bien sur. C’est passé si vite et cela m’a apporté tellement de bonheur. C’est surtout une occasion de réfléchir sur l’histoire de la marque, sur les raisons pour lesquelles nous sommes toujours là et sur la façon d’avancer sans vendre mon âme.  Je me remets en question pour renouveler l’histoire

Comment résumeriez-vous ces deux décennies ?

Comme un combat permanent (rires) ! Il y a eu une première période légère ; c’était l’insouciance des débuts. J’arrivais de la Chambre syndicale de la couture et j’étais passé par  Givenchy, Balmain, Junko Shimada, Lapidus quand j’ai gagné le concours des jeunes créateurs du magazine « Elle ». Alors je me suis lancé, comme ça, tout seul, sans rien d’autre qu’une petite aide de mes parents. Et ça a démarré sur les chapeaux de roues ! Mon style rebelle chic, très féminin très sensuelle et très coloré a crée un choc. On était alors en plein dans le minimalisme et l’austérité japonaise !

Pourquoi est-ce devenu un combat par la suite ?

A cause de la réalité du terrain, il a fallu travailler plus dur pour survivre. La mode est un métier qui demande des fonds assez important pour se développer. La mode est aussi très sensible aux événements mondiaux. Par exemple, au lendemain du 11 septembre, il n’y avait plus un client dans les boutiques. Il a fallu réagir vite. Enfin, il est très difficile de rester un indépendant. Les banques sont frileuses et le système français n’aide pas les créateurs alors que nous sommes le pays de la mode ! Finalement, de ma génération, ne reste que deux ou trois designers indépendants. Le petit vaisseau que je suis a continué de flotter dans les tempêtes tandis que de plus gros coulait ! Je suis toujours là et la marque a une très belle image.

Justement, comment définiriez vous le style Jérôme L’Huillier ?

Le style, cette chose si précieuse et si difficile à définir (rires). Je dirai féminin mais le terme est mis à toutes les sauces et ne signifie plus rien. Ce que disent les femmes, c’est que quand elles s’habillent en L’Huillier, il se passe quelque chose autour d’elles. Leur mari les remarque et leur disent qu’elles sont belles, elles se font arrêter dans la rue, draguer au resto. Ca n’est pas show-off, c’est plus subtil, comme un parfum qui fait tourner la tête. J’appelle ça le « glamour frivole » : matières fluides et légères, beaucoup de biais pour obtenir un effet déconstruit sur quelque chose de construit. Enfin, je suis linéaire dans le temps. Une robe L’Huillier d’il y a 15 ans pourrait sortir de la collection de cette année. Je reste moderne dans le temps. Je ne suis pas la supposée tendance de l’année qui sera démodée douze mois plus tard. J’ai évolué mais la patte n’a pas changée. On reconnaît un imprimé ou une coupe Jérôme L’Huillier.

Vous ne puisez pas votre inspiration dans des voyages d’études ou dans des thématiques.

Comment fonctionnez-vous?

J’observe le monde qui m’entoure bien sur mais l’inspiration vient surtout de mon enfance dans les années 70 et des héroïnes de mes films préférés : Ali Mc Graw dans Get Away, Romy Schneider dans La Piscine, Jacqueline Bisset, Uma Thurman aujourd’hui. Elles sont des fantasmes du possible qui peuvent exister dans la vraie vie. Et j’aime ce naturel, cette séduction pas trop travaillée, cet air de papillonner. Enfin, j’aime les filles qui ont des vrais formes : Laeticia Casta que j’ai fait défiler le premier ou Tyra Banks. Des bombes !

Les défilés, justement, vous n’en faites plus ?

A un moment j’ai refusé de participer à la surenchère dans le spectaculaire des défilé juste pour avoir de la presse. Je me suis mis ainsi un peu en marge du système d’où une certaine discrétion médiatique. Mais il faut savoir communiquer et savoir se vendre. La visibilité de la marque, auprès des clients et auprès du public, sera le point essentiel dans la suite de l’aventure et je vais refaire des présentations au Palais Royal. Je vais modifier ma manière de travailler et de présenter mon travail tout en maintenant la qualité et la créativité mais en élargissant mon public.

Comment allez-vous écrire le second chapitre de votre histoire ?

Je dois passe un cap pour me développer et que je structure mon entreprise. J’ai une petite équipe de créatifs mais pas de service développement-commercial. Il nous a manqué un suivi permanent des clients ces dernières années. Aussi, je suis en train de mettre en place avec ma banque un plan de financement pour assurer le développement de la marque. J’ai envie de faire de l’accessoire, je rêve d’un parfum et avec Mette, ma femme avec qui je travaille, nous nous orientons aussi vers le design. Mette a dessiné des fauteuils pour un grand hôtel de  Copenhague et les modèles que j’ai montré ici durant la fashion week ont eu beaucoup de succès. Enfin, je réfléchis à ouvrir une nouvelle boutique parisienne dans un lieux plus passant.

Cette nouvelle dynamique s’exprime aussi avec une nouvelle ligne confidentielle, « 138 Jardins du Palais Royal » ?

C’est pour l’hiver prochain et c’est une ligne épurée et élégante qui revisite la « petite robe midi-minuit ». L’idée, c’est un patronage, un tissus, une coupe structurée et glam-frivole. Pas de multiplication des modèles, juste 30. La signature rappelle que nous sommes là depuis 17 ans, une époque où le Palais Royal n’était pas le temple de la mode qu’il est devenu. Et tout ça à prix doux.

Effectivement vos prix pourraient être bien plus élevés. C’est aussi une marque de votre intégrité ?

Oui. C’est pour ça que je ne suis pas dans le système. Je propose certaines pièces, des robes tee-shirt, à petits prix pour que la marque demeure accessible. Je me refuse à multiplier par trois mes prix. J’aurai l’impression de mentir. Je fais donc un prix juste qui me permet de faire vivre la marque.

 (mai 2010)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s