Citizen Durand

Personnalité atypique de la télévision, le journaliste cultive sa

différence et voit le monde à travers le prisme de l’art contemporain.

Rédacteur en chef invité du tout nouveau Citizen K Homme&Sport,

il signe un édito remarquable sur David Beckham, le dernier métrosexuel.

En plus de Radio Classique tous les matins, il intervient également

désormais tous les soirs sur la chaine people Non Stop People.

De nouveaux défis pour un homme qui a toujours eu l’art et la manière… rock !

 

Un appartement-galerie d’art, calme et lumineux, avenue Montaigne. Tableaux, sculptures et photos d’artistes renommés le disputent aux beaux livres, pochettes de disques mythiques et meubles design. Guillaume Durand reçoit chez lui ce dimanche. Guillaume Durand est un enfant des seventies stoniennes plus que du night-clubbing. L’art contemporain est sa passion, une respiration qui lui a permis de traverser brillamment 30 ans de télévision et d’imposer une image attachante d’homme élégant, cultivé, chaleureux. Le parcours fut parfois compliqué. France 2 l’a congédié. Il serait sur la liste noire de l’Elysée, aux cotés d’Arlette Chabot, Franz-Olivier Giesbert, Eric Zemmour et Eric Naulleau. Son passage au Rive Droite de Paris Première n’aura duré qu’un an. Guillaume Durand s’en amuse. L’homme en a vu d’autres. Dans 1h, il dine avec Jacques Chirac…

Vous avez l’image d’un dandy, passionné d’art contemporain et de culture. Vous vous reconnaissez dans ce qualificatif ?

Je ne me pose pas cette question. Mes parents étaient  marchands d’art et il est vrai que je n’ai pas changé de passion de toute ma vie pour l’art. Avant même mes 10 ans, je rencontrais César ou Klein ans les diners de vernissage à La Coupole. Et à 13 ans, j’achetais mon premier tableau ! Une autre chose a changé ma vie pour toujours.  J’étais en prépa HEC au lycée Janson de Sailly en 1970 et en face, rue de la Pompe, il y avait la boutique de mode Renoma. Un jour d’octobre, la rumeur de la présence dans cette boutique de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, est parvenue jusqu’au cours de mathématiques auquel j’assistais. A ce moment précis j’ai ressenti un appel. Je me suis levé en plein cours et j’ai couru chez Renoma pour apercevoir le grand chat écorché. J’en suis revenu avec un pantalon pattes d’éph bleu-blanc-rouge et le professeur m’a viré de son cours.  En fait, à ce moment précis, j’ai été happé par l’époque.

RIVE DROITEPourquoi être devenu journaliste ?

Cette rencontre avec Keith Richard m’a détaché de la programmation de ma vie. Il y avait dans l’apparence déglinguée des Stones quelque chose qui a changé profondément le jeune de 20 ans que j’étais en 1970. J’ai tout laissé tomber et je me suis retrouvé à jouer du saxophone Boulevard Sébastopol chez l’acteur Pierre Clementi. Cette période a duré 4 ans et quand il a fallu revenir dans la vie, je suis devenu prof d’histoire. Ce me fut insupportable ! Le journalisme alors s’est imposé à moi car il fallait que je m’intéresse à quelque chose qui me fasse respirer la vie sinon j’aurai eu l’impression de vivre par procuration. Ensuite je n’ai pas eu la carrière classique d’un journaliste. J’ai eu une vie en marge de la profession car j’ai gardé beaucoup de choses de cette époque. La dinguerie et la poésie de ces années là ont embarqué une partie de mon âme et de mon comportement. C’est ce qu’il y a de plus positif chez moi mais aussi de plus critiqué !

La Ferrari, les cheveux en pétard, les pieds nus dans vos mocassins etc vous ont effectivement fait passer pour un flambeur et un désinvolte !

Je n’ai pas peur de ces reproches. Flambeur, c’est faux. C’est lié à l’art contemporain. Les gens ne peuvent pas comprendre qu’on ait des passions différentes d’eux. Moi, je ne paie pas l’ISF, cet appartement n’est pas à moi et je n’ai pas de maison de campagne. J’ai choisi de collectionner des œuvres d’art et c’est mon choix ! Je ne suis pas obligé d’avoir une vie classique de bourgeois. Quant à une certaine forme de désinvolture, ce n’est pas entièrement faux et je l’assume. Dans le milieu de la télé, je n’ai jamais donné l’impression de m’accrocher à mon fauteuil et d’être prêt à tout pour devenir une star de la télé. Je ne suis pas carriériste. J’ai effectivement un coté « la vie est ailleurs » et je ne pense pas que cette désinvolture soit un défaut. J’ai commencé la télé dans les années 80 et c’était les années Gordon Gekko, le héros du film Wall Street. Donc moi qui arrivait pas peignée et pas déguisé en gendre idéal, je comprends que ça ait pu en exaspéré certains et qu’on se soit demandé pour qui je me prenais. Mais aujourd’hui, dans mon milieu, les responsables ont fait le tour de ce « truc » et savent que je ne mentais pas.

Depuis 30 ans, vous avez fait beaucoup d’émissions différentes pour de multiples médias et vous êtes toujours là. Comment avez-vous fait pour traverser les années 80, 90 et 2000?

La raison essentielle est que ce que je fais marche sinon j’aurai disparu depuis longtemps. Pour Rive Droite, Paris Première cherchait quelqu’un qui fasse des émissions qui marchent et je n’étais pas le seul candidat ! En fait je suis avec Michel Denisot celui qui a fait le plus grand nombre d’émissions différentes dans tous les genres. Je ne m’en vante pas mais ce qui me passionnait quand j’avais 20 ans, la politique, le rock et la peinture, demeure exactement 30 ans après ce qui m’intéresse.

Revenons à l’art plastique dont vous dites qu’il est aujourd’hui plus intéressant que le cinéma, la littérature ou une partie de la musique ?

L’art plastique est un cas particulier : il est le seul à avoir cette capacité de tout casser, de se réinventer et de relancer quelque chose de nouveau. La musique avec la mélodie, le cinéma avec la narration, la littérature avec l’histoire ont beaucoup de mal a envisager un monde abstrait sans formes ni figures. Beaucoup d’artistes sont conscients de cela. Il y a quelque chose de pathétique à voir aujourd’hui les Stones toujours refaire la même chose. Mais il y a un public pour cela. En revanche, allez chez un galeriste avec un sous-Picasso et on vous rira au nez.

Vous considérez le suisse Ugo Rondinone comme l’un des plus grands artistes d’aujourd’hui ?

Oui. Ses cibles peintes gigantesques sont extraordinaires. D’une manière générale, les artistes contemporains suisses sont extrêmement forts aujourd’hui. New York demeure la place centrale du marché de l’art mais plus celle de la créativité qui elle est partout. Mais  chez nous, il existe une mauvaise humeur autour de l’art car notre culture classique française est remise en cause. Ce malaise est même devenu un rejet. Pourquoi avons-nous ce regard distancié sur le monde ? Le problème de l’art contemporain n’est pas qu’une question d’art. C’est le problème du regard que nous, français, avons sur le monde contemporain et de la représentation que nous en faisons. La France est un pays encore très patrimonial. Les islandais ont Bjork, nous Chimène Badi !

Où se voit Guillaume Durand dans disons 5 ans ?

C’est la question centrale et je me la pose vraiment. A un moment, les tours de manège a la télé s’arrêtent ! Je ne me vois pas marchand d’art car c’est un business énorme et je ne suis pas un homme d’argent. Mais pourquoi pas une chaine de télévision consacrée à l’art sur Internet ?

(octobre 2011)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s