Marilyn Manson et Courtney Love, nouvelles icônes Saint Laurent

Le choix surprendra pourtant il est logique ! Marilyn Manson est la nouvelle incarnation de l’Homme Saint Laurent Paris choisie par Hedi Slimane, le directeur artistique de la marque. L’inspiration de la dernière collection étant grunge-romantique et Kurt Cobain n’étant malheureusement plus de ce monde, Slimane s’est donc tourné vers cette icône gothique-grunge, un choix qui ne manquera pas de dérouter les fans d’Yves Saint Laurent.

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Courtney Love, veuve justement de Kurt Cobain,  Kim Gordon, membre du groupe punk Sonic Youth et Ariel Pink, rockeur californien complètent la nouvelle galerie des icônes Saint Laurent Paris. Retour sur le parcours d’un créateur bien décidé à bousculer les convenances…

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Prenons le pari : en 2013, Yves Saint Laurent fera à nouveau partie du petit cercle des griffes de luxe les plus désirables et les plus tendances. Hedi Slimane, 44 ans, est l’artisan de ce probable retour en hype. Le styliste a révolutionné la silhouette Homme chez Dior et s’attaque cette fois-ci également à la femme. La blitzkrieg débute en octobre avec un premier défilé qui sera l’événement de cette fashion week parisienne. La marque étrennera aussi sa nouvelle dénomination pour le prêt-à-porter, « Saint Laurent Paris ». Le fantôme d’Yves se dissipe dans l’air du temps et une nouvelle ère commence pour l’un des fleurons du luxe français. Aux commandes, un créateur discret, à la modernité encensée, Hedi Slimane. Rarement, le désir n’aura été aussi fort…

«C’est un génie, un vrai artiste » s’enthousiasme  Jean Paul Cauvin, fashion editor du magazine Fashion Daily News. «Chez Dior, il a réinventé l’identité masculine et fait entrer l’Homme dans le 21ème siècle. Il y avait eu d’autres stylistes importants avant mais ceux-ci aimaient les vêtements amples. Hedi Slimane a inventé une silhouette au scalpel, très rock ». C’est en effet du côté de la musique et de la jeunesse qu’il faut chercher l’inspiration de ce parisien né d’un père comptable tunisien et d’une mère couturière italienne. «A 6 ans, le David Bowie Live At The Tower Philadelphia en 1974 fut mon premier choc musical » confie Slimane aux Inrockuptibles en 2008 dans l’une de ses très rares interviews. «Le costume bleu Gitane de Freddie Buretti (styliste de Bowie, NDLR) et le personnage de Thin White Duke créé par la styliste Ola Hudson sont à l’origine de mes collections. David Bowie a été mon premier concert de fan à l’hippodrome d’Auteuil en 1983 ». Influence majeure, il habillera en 2002 le créateur de « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars » et le héros de « L’Homme qui venait d’ailleurs ».

credit Y.RMais à 11 ans, Hedi Slimane reçoit un appareil photo et se découvre une passion pour la photographie, particulièrement le portrait en noir et blanc. Et bien qu’à 16 ans, il commence à confectionner ses propres vêtements, c’est vers le journalisme qu’il se tourne. S’en suivent une Hypokhâgne, une prépa à Sciences Po puis l’institut d’Art de Michelet / La Sorbonne et l’école du Louvre. En Histoire de l’Art, son amour des couleurs, des tissus et de la création prend le dessus. Slimane poursuit ses travaux photographiques, fait des castings de rues et commence à travailler sur des séances photos ou des présentations de mode. En 1992, le jeune homme devient l’assistant de Jean Jacques Picart, attaché de presse de renom, fondateur de la maison Christian Lacroix, à la tête d’un cabinet de conseil spécialisé luxe et mode. Grâce à celui-ci, Pierre Bergé, confie à Slimane en 1996 la direction artistique du prêt-à-porter d’Yves Saint Laurent. La collection black tie pour l’automne-hiver 2000–2001 pose les jalons de la silhouette d’Hedi Slimane avec les débuts du skinny. Un an plus tard, il rejoint Christian Dior avec carte blanche pour inventer une nouvelle identité masculine à ce qui n’était alors qu’un complément à la collection Femme.  «  J’ai juste fait ce qui me semblait naturel de faire » explique t il alors aux Inrockuptibles. «Depuis mon adolescence, il m’était impossible de trouver des vêtements à ma taille. Il m’a toujours semblé que la morphologie définissait un porté et une allure spécifique dans une époque donnée. Chaque décennie a vu sa mode se calquer sur un corps archétypal. J’ai défini dix ans durant une silhouette masculine autre, en élongation. Cette silhouette était affranchie du genre et de la sexualité ».

«Il fait partie des stylistes qui ont travaillé sur le vêtement appliqué au corps et non pas sur le vêtement-objet » décrypte Jean-Paul Leroy, rédacteur en chef de FashionMag.com. «Ses vêtements ne cachent pas le corps, ils le subliment. Il n’y a pas de superflu. Chez Dior, il a revu les formes, le fit, introduit le slim et fait un véritable travail de tailleur. Il a finalement créé une silhouette qui a influencé tout le secteur de la mode et qui a été reprise par de très nombreuses marques de prêt-à-porter ». Le jeans slim, les vestes presque étriquée, les cravates fines et le porté « rock » qui élance la carrure envahissent la rue. Il habille la nouvelle scène rock (The Libertines de Pete Doherty, Franz Ferdinand, The Kills) et produit les impeccables bandes-son de ses défilés (Phoenix, The Rakes, Razorlight). Le client Dior, souvent un quinquagénaire à l’embonpoint plus ou moins prononcé, est désarçonné. Soit il maigrit comme Karl Lagerfeld de 40kg pour rentrer dans les costumes taillés au rasoir d’Hedi Slimane, soit il s’en va, vite remplacé par une clientèle plus jeune et plus mode dont beaucoup de femmes, séduites par ce look androgyne. De 2000 à 2003, il se nourrit du renouveau de la scène artistique underground de Berlin. Puis, à Londres, il est au cœur de l’avènement de la nouvelle scène punk rock. Reporter rock dans l’âme, il publie « Stage » en 2004 et « London, Birth of a cult », deux livres photos témoins de leur époque. En 2006, Hedi Slimane invente le blog photographique le « Hedi Slimane diary ». Le format, sériel et chronologique, sera partout repris, érigeant Slimane en icône 2.0. « C’est un touche à tout multiculturel, un Directeur Artistique au sens large » explique Jean Paul Leroy de Fashion Mag.com. «Il a cette capacité à capter l’air du temps, cet œil de la modernité qu’il peut introduire dans plusieurs domaine comme la mode ou la photo ».

Après 5 ans passés à photographier la nouvelle scène new yorkaise et les jeunes artistes californiens (se procurer son « Anthology of  a Décade » en 4 volumes !), le petit génie est de retour. «Apres Stefano Pilati qui singeait « Monsieur Yves », Hedi Slimane est parfait pour revisiter le style Saint Laurent qui était devenu un peu obsolète » se réjouit Jean-Paul Cauvin de Fashion Daily News «Il va faire du Slimane pour les hommes et comme il maitrise parfaitement le masculin/féminin, qui est dans l’ADN de la marque Yves Saint Laurent, cela va fonctionner chez la femme avec des vêtements rock, contemporains et plus jeunes ». Présentée aux cadres début juillet au Grand Palais, la 1ère collection d’Hedi Slimane, printemps-été 2013, fait souffler un grand vent de fraîcheur sur la marque : petites robes noires près du corps, sans décolletés et raccourcies au dessus du genou, du jeans slim, des tee-shirts déchirés, des mini-jupes, des shorts à franges, des vestes en cuir zippées très rock, pas mal de clous, peu d’imprimés mais spectaculaires, des nœuds revisités sur les chemises en soie et des couleurs fluo pour les accessoires. « Son défi, c’est de réinventer la Femme comme il l’a fait pour l’Homme » explique Jean Paul Leroy. «Il est suffisamment ambiguë pour travailler sur les deux et il a le talent, au dessus de la norme, pour proposer quelque chose de vraiment nouveau ». Enfin, si YSL s’installera avenue Montaigne en janvier 2013 et si son show room est avenue Marceau, le bureau de style, lui, s’est installé rue Saint Honoré, pas loin de la très tendance boutique Colette. Jeune et moderne, toujours…

Finalement, la seule interrogation qui semble subsister touche au mode de fonctionnement du créateur. Hedi Slimane a obtenu le privilège incroyable de pouvoir travailler de chez lui, à Los Angeles. Il a également pu faire venir la directrice de la communication avec laquelle il travaillait chez Dior Homme. Et il aura bien sur la maîtrise totale sur l’image de la marque, des campagnes publicitaires au look des boutiques qu’il a fait vider en pleine journée au printemps dernier pour pouvoir les visiter tranquillement avec son équipe d’architectes ! «Depuis son départ en 2007, l’époque a changé mais lui semble être resté sur une économie et des valeurs de la mode d’avant la crise » conclut Jean Paul Cauvin, fashion editor de Fashion Daily News. «Le fait de rester poster à Los Angeles va poser d’énormes problèmes logistiques et risque d’avoir une incidence sur le prix des vêtements. C’est un peu un caprice de diva d’avant la crise, un peu anachronique dans la société d’aujourd’hui. Mais pourquoi pas, c’était peut-être la seule façon pour YSL d’avoir Hedi Slimane ».

(octobre 2012)

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