Moynat : des malles emballantes !

Crée une marque de luxe est une œuvre de longue haleine, incertaine et couteuse. Aussi, à condition d’en dénicher une, est-il plus aisé de ressusciter un nom, porteur d’une histoire et d’un savoir-faire, même tombé dans l’oubli. C’est tout le pari de Bernard Arnault, Président de LVMH, qui en 2010 a acquis les droits, via sa holding personnelle, le Groupe Arnault, sur Moynat, l’un des plus anciens malletiers français. Mais à l’heure des valises made in China balancées sans précautions aucune dans les soutes des charters, quel avenir pour une malle, certes d’exception, mais nées en 1849 place du Théâtre-Français, à Paris.

« La malle, c’est l’élégance divine dans le voyage » répond Guillaume Davin, nouveau PDG de la Maison Moynat après 20 ans passés chez LVMH. « Ce sont des objets sublimes et d’une qualité artisanale incroyable. Nous avons là quelque chose de jamais vu auparavant, avec une histoire à raconter. Alors, il ne s’agit bien sur pas de rééditer les imposantes malles de l’époque mais de les réinterpréter dans une version contemporaine et fonctionnelle et de proposer toute une gamme d’objets de voyage. Nous avons les racines, à nous de faire pousser un arbre ! ». Ouverte en décembre au 348 rue Saint Honoré, la boutique accueille déjà une clientèle d’esthètes parisiens en quête d’exceptionnel. Karl Lagerfeld lui-même est tombé amoureux d’une petite mallette reprenant tous les codes de la mythique malle Moyat et en a commandé deux sur-mesure.

maison moynat9

La malle Moyat, il est vrai, est un chef d’œuvre intemporelle, une invitation au voyage. L’histoire démarre avec la création du chemin de fer au milieu du 19ème siècle. La classe aisée se met à voyager et recherche des malles en rapport avec son statut. Pauline Moynat, montée de Thonon à Paris, a épousé un layetier-emballeur, métier qui consiste à emballer les objets les plus divers, et tient sa boutique à l’Opéra. Avec l’aide de ses amis Octavie et François Coulembier, fabricant de malles sur mesure, elle se met bientôt à son compte et pressentant que l’époque change révolutionne les objets de voyage en les poussant jusqu’à la perfection. La liste de ses innovations est impressionnante : la malle osier, la toile enduite et imperméable (avant Vuitton !), bandeau en métal émaillé assurant rigidité et légèreté de la malle, bords en cuir, cloutage le plus serré possible (7mm contre 1cm chez ses concurrents), serrures de sécurité inédite etc. Toutes les pièces sont siglées Moyat et des quantités de brevets déposés. L’imagination de Pauline (elle introduit la couleur, fait appel à des artistes pour peindre la toile etc), sa rigueur formelle (ses malles sont incassables, très légères, parfaitement gainées) et son souci constant du détail font vite la différence avec les autres malletiers de Paris. Enfin, l’idée de génie de s’installer en face du Grand Hotel, (le plus bel hôtel de la capitale à l’époque) l’année de l’exposition universelle lui garanti une importante clientèle de voyageurs dés le départ. « L’apogée de Moyant survient entre 1910 et 1930 avec l’automobile » poursuit Guillaume Davin « Ce sont les malles de limousine qui épousent formes et largeur des toits arrondis des premières voitures. Elles étaient également peinte dans la couleur de la carrosserie. Même chose avec les malles arrières qui épousaient l’arrondi de l’auto ». D’où cet inimitable mélange de masculinité (l’automobile, les malles) et de féminité (les arrondis), renforcé par la création de petits objets de voyage pour femmes (sac etc) qui font le succès de la marque.


L’après guerre est moins heureux. Moynat rate le virage du voyage moderne et de la valise. La griffe n’innove plus et  la maison ferme en 1975. C’est cette belle endormie que Bernard Arnault et Guillaume Davin, avec le renfort du designer Ramesh Nair, venu d’Hermès, veulent ressusciter aujourd’hui. Les malles, sur mesure et sur commande, sont toujours là. Une ligne de sacs pour Homme a été dessinée par Ramesh Nair, notamment un magnifique porte-document couleur ambre nommé le « Juste à temps ». Pour les femmes, les courbes des sacs « Pauline », « Ballerine » ou encore le monogramme de la marque sur le « Cabas léger » traduisent une élégance et un art de vivre aujourd’hui plus que jamais salvateur.

(mars 2012)

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