Barnabé Hardy : l’exigence au masculin

Barnabé Hardy©RAINERTORRADO-1A 5 ans, Barnabé Hardy, enfant de Touraine, demandait à se mère de lui coudre les vêtements qu’il imaginait pour « être différent dans la cour de récréation ». Objectif parfaitement atteint par le petit garçon qui affolait les vendeuses de tissus par ses demandes trop précises et passait pour un extra-terrestre dés la maternelle. « Ca parfois été très dur –les enfants sont cruels- mais j’assumais ! » se souvient le jeune créateur aujourd’hui âgé de 35 ans et installé au centre de Paris dans un étonnant immeuble de banque reconverti en pépinière d’entreprises.

Grâce à deux grands-mères couturières et à des parents au mode de vie créatif, aimant le travail manuel, Barnabé Hardy a très tôt jouer dans les rouleaux de tissus et dessiné des vêtements. C’est donc tout naturellement qu’il a suivi durant 3 ans une école d’Arts Appliqués puis pendant deux ans une autre de stylisme à Tours. « Mais j’étais toujours en stage à Paris où habitait ma soeur » raconte le jeune homme « J’avais envie de travailler, de me frotter à la réalité du métier ». Celle-ci lui apparaît d’abord chez un fabricant de sportswear du Sentier parisien. « Ce fut une très bonne école, j’ai découvert la fabrication made in Hong Kong et ses contraintes » dit-il « Mais bon, moi je rêvais de de couture et de fabrication haut de gamme ».

C’est alors qu’il s’ennuie un peu dans son travail que Barnabé Hardy rencontre Nicolas Ghesquière (voir 3 questions à…). Celui-ci lui               propose l’aventure italienne : Callaghan. «La griffe n’existe plus mais c’était une très ancienne marque italienne familiale. Elle fut la  1er à faire du prêt a porter en Italie. Surtout, beaucoup des dernière collections étaient signées Giani Versace et c’était mon idole ! Alors, à 22 ans, en fouillant ce patrimoine extraordinaire, j’étais en transe ! ». Avec Nicolas Ghesquière dont il est le bras droit, il découvre le savoir-faire italien, le travail du cuir tressé, la maille etc. A la fin, le duo ne se sépare pas et Barnabé Hardy débarque chez Balenciaga. Huit ans, plus tard, il éprouve le besoin de voler de ses propres ailes. « J’ai toujours aimé le blouson que je traite plus comme un objet que comme un vêtement » explique-t-il « Le cuir est une matière noble il y a toujours une demande pour de beau produits en cuir, de qualité ».

Bien installé dans cette niche, autofinancé,  Barnabé connaît rapidement le succès. La 1ere collection est entièrement vendue, la seconde acheté par le Bon Marché à Paris, ainsi qu’à New York et Tokyo et la troisième double les points de vente et triple les volumes ! Avec une obsession : une fabrication irréprochable. « La crise a fait du bien en éliminant le pseudo luxe, ces marques qui affiche les prix du luxe mais n’en ont pas la qualité. Moi je vois les 600 pièces de ma collection une par une ! » explique le designer qui compte développer une une garde robe masculine complète avec de la chemise et du pantalon en sus du  cuir (1400€-2500€), de la maille (300€-500€), du jersey (120€) et des accessoires (400€) actuels. Assurément, un nom à suivre…

3 questions à…

Comment avez-vous rencontré Nicolas Ghesquière ?

Nous sommes tous les deux de Touraine et nous avons toujours eu des amis en commun. J’ai entendu parler de lui dés le lycée mais je ne le connaissais pas. Je suivais son parcours, admiratif ; rentrer à 20 ans chez Jean-Paul Gaultier ! Finalement la rencontre s’est faite via des amis mais à Paris. Nous sommes devenus amis. Et il m’a embarqué dans l’aventure  Callaghan. Le facteur humain est important quand on s’entoure. Avec Nicolas, on se comprend à demi-mot.

Vous avez directement participé à la résurrection de Balenciaga. Ce doit être un grand souvenir ?

Réveiller cette belle endormie qu’était Balenciaga a été une expérience géniale. Sous la direction artistique de DA de Nicolas Ghesquière, j’étais responsable de la ligne Homme. Elle n’existait pas auparavant donc tout était à inventer.  Ces 8 ans m’ont demandé beaucoup de temps et d’énergie mais on s’est beaucoup amusé. Nous pouvions nous livrer à un travail expérimental, de laboratoire, car il n’y avait pas encore de pression commerciale. Nous étions très libres. Alors j’ai dessiné ma garde robe masculine idéal, intuitivement. Et le succès commercial a été au rendez vous-même s’il n’y avait pas de défilé Homme et très peu de communication.

Professionnellement qu’en avez-vous tiré ?

Nicolas nous a tous emmené vers l’idée de recherche à partir des codes et des matières existants. Aller toujours plus loin dans la création m’a rendu très exigeant car s’il faut toujours avoir une idée créative nouvelle il faut aussi avoir une idée affûtée de la silhouette.

(juin 2012)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s