L’événement Bucherer : interview de Sascha Moeri

bucherer-paris-ouverture-low-1325593-jpg_1205623_560x240

Présenté comme « le plus grand magasin d’horlogerie au monde », un temple de montres de luxe a ouvert lundi à Paris, à deux pas des Galeries Lafayette et du Printemps qu’il vient concurrencer pour capter les flux de touristes gourmands en produits de luxe, chinois en tête. Derrière ce mégastore se trouve le suisse Richemont, numéro deux mondial du luxe après LVMH et propriétaire de Cartier, Piaget, Jaeger-LeCoultre, Vacheron-Constantin, Van Cleef & Arpels et autre Baume & Mercier. Richemont a racheté à la Société foncière lyonnaise les murs de l’ancien magasin Old England du boulevard des Capucines. Il a investi 70 millions d’euros (selon Business Montres) et a confié la gestion des lieux à la maison suisse Bucherer, fondée en 1888 à Lucerne, propriétaire de la marque Carl F. Bucherer et distributeur de grands noms de l’horlogerie. « Nous avons une longue expérience de la vente de l’horlogerie de luxe et l’habitude des grands espaces de vente puisque notre magasin le plus important, celui de Lucerne, compte 1.200 m2 et peut accueillir jusqu’à 3.000 clients par jour », indiquait le directeur général de Bucherer, Guido Zumbühl, dans une interview au Figaro vendredi.

Sur 2.200 mètres carrés et trois niveaux seront vendues 23 marques de renom, « d’une montre à quartz à 200 euros jusqu’à une pièce unique à plus de 500.000 euros », et les visiteurs pourront « découvrir en une heure quasiment tout ce que l’horlogerie suisse produit », selon M. Zumbühl. Cartier aura la part la plus belle, avec une boutique en propre. Les autres marques horlogères de Richemont côtoieront des Tissot, Longines et autres Blancpain du concurrent Swatch Group. Rolex sera de la partie, tout comme LVMH qui proposera des modèles Zenith et PPR/Kering qui présentera ses montres Girard-Perregaux. Pourquoi un tel temple horloger à Paris ? Parce que Paris, capitale du luxe, est « en passe de devenir le premier marché pour la vente de montres en Europe« , a souligné M. Zumbühl.  Idem pour la marque allemande A.Lange & Söhne, qui connaît une deuxième vie depuis la Réunification et la relance de la manufacture, et qui a ouvert en janvier son premier magasin en France, près de la Place Vendôme. Girard-Perregaux, qui vend déjà ses modèles au Printemps mais pas aux Galeries Lafayette, dit avoir choisi d’être présent chez Bucherer « eu égard aux liens de confiance tissés depuis de nombreuses années avec la maison » suisse. La marque disposera d’un corner de 20 m2 au premier étage du magasin.

Les touristes chinois, qui dépensent des fortunes en shopping à Paris et raffolent de belles montres, y sont pour beaucoup. On ne compte plus les autocars qui se succèdent chaque jour devant les grands magasins parisiens et les Chinois qui repartent, bras chargés de paquets aux sigles prestigieux. L’an dernier, 1,1 million de Chinois ont visité la France, Paris en tête, et deux millions sont attendus à l’horizon 2020. Ils consacrent environ 60% de leur budget voyage aux achats, surtout de luxe, soit 1.470 euros en moyenne par enseigne en détaxe, selon Global Blue, leader de la détaxe. Et les montants déboursés pour des montres sont souvent bien plus élevés que cette moyenne… Au-delà des Chinois, le magasin Bucherer ambitionne de profiter de la riche clientèle touristique – Brésiliens et Russes compris – qui assure une part plus que substantielle des recettes des grands magasins parisiens.

Le directeur général de Bucherer promet que les clients pourront « circuler librement d’une marque à l’autre, sans pression ». Mais Bucherer n’y coupera pas: comme les grands magasins voisins, il devra rémunérer les guides touristiques apporteurs d’affaires, au prorata des achats effectués par leurs clients…

(AFP)

Carl F. Bucherer : une histoire de famille

RTEmagicC_1c5eef2c4d.jpgA l’origine, en 1888, était une boutique d’horlogerie et de joaillerie à Lucerne. A force de proposer de précieux garde-temps, son fondateur, Carl Friedrich Bucherer finit par présenter en 1919 sa propre collection de montres pour dames, reflet d’une passion érudite pour l’horlogerie. Dans un style Art Déco du plus bel effet, ces premières montres étaient techniquement simples mais répondaient déjà aux critères de qualité très élevés de l’horlogerie made in Switzerland. Cette ligne, ainsi que celles qui suivirent, ne fut seulement vendue que dans les boutiques Bucherer. Celles-ci, au fil des années, se multiplièrent à travers le monde et les garde-temps Bucherer acquirent ainsi une flatteuse réputation internationale. Poursuivie par ses deux fils, Carl Edouard et Ernst, et par son petit-fils, Jörg, actuel Président du groupe, cette politique à conduit Carl F. Bucherer à être aujourd’hui l’une des rares et plus anciennes marques horlogères toujours familiales.  Au sein du Groupe Bucherer, qui développe et gère des boutiques multimarques (Lucerne, Genève, Zurich, Berlin, Vienne, etc) ainsi que la fabrication de joaillerie, Bucherer Montres SA, dirigé par Sascha Moeri, constitue à présent une entreprise autonome commercialisant la marque Carl F. Bucherer. Et celle-ci prend, depuis quelques années, son envol avec une expansion importante, fondée sur des produits à la pointe de la technologie et une grande maîtrise de l’art horloger helvète. L’aura des montres Carl F. Bucherer ne cesse de grandir et les résultats financiers sont remarquables. Alors que la marque est depuis longtemps bien implantée en Chine, ce nouvel eldorado que tous rêvent de conquérir, il aura fallu attendre un siècle pour que Carl F. Bucherer traverse la frontière.  Bucherer a ouvert sa première boutique française, à Paris. En son sein, un supercorner présentera les collections Carl F. Bucherer.  C’est cette success-story de 125 ans que ne se lasse pas de raconter Sascha Moeri, CEO de la marque.

Quelle est la philosophie de Carl F. Bucherer ?

Nous nous réclamons de la tradition horlogère suisse de qualité. L’ADN de la marque, c’est une élégante alchimie de technicité horlogère, d’innovations et de design intemporel. Avec 20 000 pièces produites l’année prochaine vendues dans 350 points de vente répartis dans 25 pays, nous ne sommes pas un produit de masse. Nous sommes même à certains égards un produit d’hyper luxe puisque grâce à notre savoir-faire de joaillier nous créons pour la clientèle du Moyen Orient beaucoup de montres-bijoux avec diamant et pierres précieuses. Ces produits sont très chers mais le reste de nos Collections s’écoule entre 5 000 et 30 000 CHF. Notre ambition est de fabriquer des montres pour des hommes et des femmes qui ont de fortes personnalités, une grande confiance en eux, de l’assurance. C’est un public qui aime s’acheter un bel objet pour marquer une réalisation personnelle ou professionnelle, un rêve concrétisé. Enfin, nous essayons de trouver un chemin que personne n’a encore emprunté même s’il faut être réaliste et que révolutionner l’horlogerie est extrêmement difficile. Beaucoup de choses, très belles, ont déjà été faites. Nous désirons faire quelque chose de différent, aller plus loin, trouver des solutions originales avec, par exemple, nos propres mouvements.

C’est la raison pour laquelle vous avez créés votre propre manufacture en 2007 ?

Jusqu’à cette date, nous achetions les mouvements de nos montres à des fabricants. Dans les années 80 nous avons toutefois développé des mouvements innovants pour nos chronomètres et pour des montres de plongée. En 1968, Bucherer était l’un des plus grands fabricants suisses de montres. En 2007, la marque est entrée dans le cercle très fermé des manufactures horlogères suisses. Désormais, Carl F. Bucherer Technologies SA produit des mouvements et des modules fonctionnels au sein de ses propres ateliers, à Sainte-Croix. La manufacture se concentre sur la création et la construction de mécanismes dotés de fonctions supplémentaires cohérentes, utiles et attractives.

A ce titre, le Rotor Périphérique est une innovation majeure ?

Tout à fait. Plusieurs marques avaient déjà essayé de créer des mouvements avec rotor périphérique. Peut être certaines y sont-elles parvenues mais toujours est-il qu’il n’y a eu pas de montres de grande série avec un tel mouvement. Nous avons été les premiers à y parvenir en 2008 avec le calibre CFB A1000. C’est un mouvement automatique à masse oscillante périphérique, c’est-à-dire que le rotor n’est pas sur le mouvement, il tourne autour, ce qui permet, entre autres, de voir constamment tout le mouvement. C’est une illustration de notre savoir-faire horloger, fait de tradition et d’innovation technologique.

Vous nous présentez les 4 collections qui composent la marque Carl F. Bucherer ?

Les montres Patravi sont des garde-temps à l’esthétique forte, masculine, sportive. Il s’agit de montres puissantes, d’un diamètre de 42 à 47mm, qui s’adresse à des hommes charpentés. Sylvester Stallone par exemple en portait une lors de la tournée à Londres et Paris de « The Expendables 2 » en août dernier. La collection Manero est classique et élégante. Elle est un hommage au passé horloger de Carl F. Bucherer et la précision de ses mouvements. Il y a ensuite l’Alacria, une ligne féminine dont les montres sont aussi des véritables bijoux, illustration du savoir-faire joaillier de la marque. Enfin, l’Adamavi est une ligne intemporelle, élégante et discrète, fidèle aux valeurs de Carl F. Bucherer.

Dans l’histoire de la marque, 2001 marque un tournant important avec la décision de ne plus être seulement vendu dans vos propres magasins ?

Ce fut en effet une décision stratégique capitale. Cette année là, Jörg G. Bucherer, la 3ème génération de Bucherer à diriger l’entreprise familiale, a changé le nom de la marque de Bucherer en Carl F. Bucherer, en hommage à son grand-père, et décidé de développer la marque à l’international.  Nous avons nos propres filiales en Chine, à Hong Kong, au Japon, au Taiwan, en Allemagne et aux Etats-Unis. Sur les autres marchés, nous travaillons avec des distributeurs indépendants très rigoureusement sélectionnés pour leur passion et leur compétence horlogère. Nous avons donc un bon équilibre entre filiales en propre et distributeurs extérieurs et c’est l’une des clés de notre succès.

Comment se situe la marque dans le marché en 2012 ?

Nous avons progressé très vite et nous en sommes très heureux avec des résultats records en 2011. Et 2012 s’annonce encore meilleure ! La demande est énorme en Asie, particulièrement en Chine, mais aussi de la part de la clientèle asiatique qui voyage, pour affaires ou pour tourisme, en Europe. Après Paris et Londres, elle se rend en Suisse et notamment à Lucerne et elle achète beaucoup. Nous constatons également depuis le début de l’année d’un retour sur le marché des Etats unis. Enfin, le marché européen est plus difficile avec la crise mais avec les touristes il se maintient.

En vous installant en Chine dés 2001 vous faisiez figure de pionniers et paradoxalement ce n’est qu’en 2013 que vous vous installez en France ?

Il faut toujours anticiper. Les premier marchés de Carl F. Bucherer sont la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, immédiatement suivis par la China et Hongkong où nous avons près de 70 points de vente. La France n’est pas un nouveau marché mais stratégiquement, pour une marque certes traditionnelle mais encore assez neuve, nous devons être à Paris pour nous faire connaître et développer notre notoriété. C’est un marché très important car le client français a un gout très éduqué et il va aimer Bucherer.

Puisqu’il est vital d’anticiper, quel marché vous semble prometteur ?

L’inde. Nous y investissons beaucoup et j’effectue ainsi en octobre un tour de présentation de la marque dans les grandes villes indiennes.  C’est un énorme marché qui va exploser d’ici 4 ou 5 ans !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s