John Galliano, professeur… de mode !

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DH 11 Mai :  L’école de mode new-yorkaise Parsons School for Design dit avoir annulé le cours que devait y donner prochainement le couturier John Galliano, condamné en France en 2011 pour injures antisémites.

« L’un des points essentiels de l’atelier qui était prévu avec John Galliano était une conversation franche sur les liens existant entre son travail professionnel et ses actions dans le monde en général », a indiqué l’école dans un communiqué. « Nous n’avons malheureusement pas réussi à nous mettre d’accord sur les termes de cette conversation, et le programme n’a pas pu être mis en place », a-t-elle ajouté.
Le cours devaient porter sur « les défis et obstacles de la direction d’une maison de couture au XXIe siècle », selon Parsons.

 

John Galliano enseignant, c’est pour bientôt ! Au sein de la Parsons New School for Design de New York, il enseignera un cours intitulé Montrez vos émotions !, où il expliquera l’importance de l’intuition et des émotions dans le métier de styliste. « Maître des coupes, de la construction, de la recherche et de l’investigation thématique, John Galliano est une légende vivante sans pareil, capable de transformer et de repousser les limites de la mode », a annoncé l’établissement par mail à ces élèves.  Cet atelier de trois jours donnera place à un examen, qui sera noté par le couturier et Simon Collins, le directeur de l’école new-yorkaise. Cette collaboration confirme le retour de John Galliano dans le milieu de la mode, après son licenciement du poste de directeur artistique de la maison Christian Dior suite à des propos antisémites. Galliano avait déjà travaillé sur le dernier défilé Automne/Hiver d’Oscar de la Renta. John Galliano et la Parsons New School for Design doivent encore préciser certains détails de leur collaboration. En attendant, retour sur le parcours d’avant la chute de John Galliano à travers un portrait écrit en 2006, avant la chute, alors que le styliste était au sommet…

Juan Carlos Antonio Galliano-Guillen aurait fait un grand danseur de flamenco. Mais John Galliano a préféré devenir l’Empereur de la mode. Anita, sa mère, peut être fier. Elle lui a appris à danser un flamenco spectaculaire et bruyant, debout sur les tables, et elle est à l’origine de sa passion pour le tissu, passant de longues heures, enfant, à le pomponner et l’habiller à la moindre occasion, même pour se rendre à l’épicerie du coin. A présent, ce Commandant de l’Empire Britannique décoré par la reine Elizabeth II herself, régne sur Paris, capitale mondiale du luxe, depuis son palais de l’Avenue Montaigne, la maison Dior.

L’histoire commence en 1960 à Gibraltar, dans un océan de lumière et d’eau. « Je me souviens du marché, des odeurs, des couleurs, des gens. Tout était très excitant. Romantique. Latin » racontera Galliano au New Yorker. Son père est anglais et plombier. Sa mère, espagnole et catholique, l’élève dans la plus pure tradition. «J’ai fait ma première communion, ma confirmation, ma communion solennelle et j’ai même été longtemps enfant de chœur ». Plus docile que ses sœurs Rosemary et Immacula, le petit John est bichonné. Sa mère le baigne, le coiffe, le parfume et l’habille avec soin. Le petit ange apprend le fox-trot, le cha-cha-cha, la rumba. L’apparence. La musique. Une façon de voir la vie. « Ma mère a eu une grande influence sur ma vision du monde et sur ma manière d’habiller les gens ».  Mais à 6ans, Galliano quitte le Paradis pour l’Enfer. C’est Battersea, faubourg bigarré et pauvre du sud de Londres. Il fait froid et gris. Un  monde violent où le petit prince de Gilbratar n’a pas sa place. «C’était Dickens » se souviendra le créateur dans L’Express. « Les enfants peuvent être très  cruels envers l’étranger, envers la différence. Ils ne me comprenaient pas, moi non plus. Durant toutes ces années, mon imagination m’a sauvé. En faisant de mon vélo un cheval fougueux, j’ai pu échapper à la cruauté des garçons qui me trouvaient suspect, barjo, weird and queer (bizarre et homo) ». Solitaire, l’adolescent s’invente un monde imaginaire en pratiquant assidûment l’illustration. Il a un don et ses professeurs ne tardent pas à lui conseiller de faire la St Martin’s School, la plus fameuses des écoles de stylisme. Pour John, c’est une libération : la mode est un milieu tolérant, excentrique, créatif où, tout d’un coup, il ne détonne plus. Mieux, il y est à sa place. Pour financer ses études, Galliano décroche un job d’habilleur au National Theatre. « Ca a changé ma vie » dira-t-il. « J’étais un bon habilleur, consciencieux et précis  Cela m’a aidé a construire ma vision de la fiction, du vêtement, du costume et de la façon dont les gens s’habillent ». Alors qu’il travaille sur Les Incroyables, il s’imprègne des personnages de la Révolution Française jusqu’à s’identifier à Robespierre. Fiévreusement  la nuit, à la bougie et avec une plume, il dessine les fantômes du Paris de 1789. Ses professeurs de la St Martin’s lui suggèrent d’en faire le thème de son défilé de fin d’étude. Marquis et comtesses, sans-culottes et révolutionnaires renaissent ainsi un soir de juin dans leurs plus beaux atours, romantiques, androgynes, sauvages. Le public est subjugué. Particulièrement le propriétaire des magasins Browns, les plus ouverts à l’innovation. Il achète immédiatement la collection pour sa boutique de South Moulton Street. Un manteau Galliano se retrouve ainsi en vitrine du magasin. La mythique chanteuse des Supremes,  Diana Ross, en virée shopping à Londres, flash et achète cette pièce unique. Galliano est lancé.

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A la sortie de l’école, le jeune créateur ouvre son studio. Mais il est vite dépassé par la gestion de sa petite entreprise qui connaît alors une grave crise. Sans le sou, démotivé mais toujours fasciné par la nuit, Galliano, accompagné de son meilleur ami le DJ Jeremy Healy, atterrit invariablement chaque soir au Taboo, la boite la plus déjanté de la ville. Le programme est simple : drugs, sex and rock’n roll. «C’était très extrême et très dangereux mais c’était là qu’il fallait être  là que l’énergie créatrice de la musique et du cinéma se mariaient » racontera Galliano dont l’inspiration s’emballe. « Le dress code était strict : jamais deux fois la même tenue. Alors je me concoctais des tenues invraisemblables »  Il participe ainsi pleinement à cette mouvance neo-romantico-punk, expérimentant tout jusqu’à réaliser que la vérité est ailleurs. Certes le succès critique est au rendez-vous (« meilleur styliste anglais 1987 ») mais la maison Galliano est au bord de la faillite. Le départ pour Paris, capitale de la mode, seule ville où, à l’instar d’une Vivienne Westwood, il peut espérer gloire et reconnaissance commerciale, s’impose. Soutenu par Steven Robinson, ancien élève d’une école d’art devenu son bras droit à l’occasion d’une collaboration, John Galliano s’installe à La Bastille en 1990. Mais il a beau inventer les plus belles robes possibles, il mange Mc Donald’s tous les soirs et dort à même le sol de son bureau. Andre Leon Talley, éditeur chez Vogue, joue alors les bonnes fées. Il a découvert Galliano à Londres. Un choc : « il y a peu de gens qui ont complètement changé la mode et John est l’un d’eux » expliqua-t-il dans le New Yorker. Talley convainc l’un de ses amis, Sao Schlumberger, d’héberger l’atelier du créateur dans un grand local que celui-ci possède Place Saint Sulpice. Reste à créer le premier défilé parisien de Galliano. Bill Gaytten, tailleur de talent et Amanda Harleh vont l’y aider. Creative consultant chez Chanel, cette dernière fut la muse de Galliano durant de longues années. Amanda et John se sont connus au début des années 80 à Londres quand elle était assistante mode pour Harpers & Queen. Son look détonnant le séduit. Devenus inséparables, on les surnomme les « Homer et Marge Simpson de la mode ». Avec Amanda, Galliano crée une atmosphère romantique et décadente avec moults chandeliers et lourdes tentures. Par manque de moyen, toutes les robes sont coupées dans le même tissu, une crêpe de satin noir réversible  déclinée à l’infini. Kate Moss, Linda Evangelista, Naomi Campbell et Christy Turlington, défilent, gratuitement. Contre toute attente, en dépit de l’urgence et de l’improvisation, le défilé est un triomphe. « Ce fut réellement un tournant dans l’histoire de la mode » s’exclamera la créatrice Diane Von Furstenberg « Nous savions tous que nous étions en train de voir quelque chose qui n’avait jamais été vu jusque là. Les vêtements étaient sublimes, simples et féminins. Vous aviez envie de porter chaque robe ! ». Cette fois, la fusée Galliano a bel et bien décollé.

La suite de l’histoire se lit à la Une des journaux. En 1995, Bernard Arnault, big boss du groupe LVMH, craque pour le dandy décadent et lui confie Givenchy. Les robes innocentes et sexy de la marque reviennent illico dans les pages mode des magazines. Un an plus tard, c’est le choc : Arnault nomme Galliano à la tête de Dior. «Il fallait réveiller la marque » analyse, dans Culture Pub (M6), Virginie Mouzat, responsable des pages mode du Figaro et animatrice de L’Atelier de la mode sur (France 5). « Ce fut un premier coup de communication : choisir un punk anglais et on est vraiment dans l’Angleterre frondeuse et folle et excentrique. Pour un français attaché à une marque française traditionnelle, c’était un peu « schocking » ! Le flibustier Galliano part à l’assaut du vaisseau amiral de LVMH et revisite tous les codes hérités de Christian Dior, le créateur du New Look. Mais il faut frapper fort pour conquérir les jeunes. Le défilé Matrix, pour l’automne-hiver 99/2000, ouvre le bal d’une série de présentations spectaculaires et scénarisées par le créateur. «Il a su utiliser les effets spéciaux comme Steven Spielberg dans le cinéma » analyse Marie-France Pochna, auteur de Christian Dior (Flammarion) «cette scénarisation de la couture correspondait à l’ére de communication dans laquelle nous sommes avec une mode qui se voit maintenant à la télévision. Mais pour la montrer à la télévision, il faut la faire différemment, il faut en faire un spectacle ». Suivront des top-models déguisées en «secrétaires » trash, en « mères frustrées », en « wonder women » ultra-sexy, en « barbares », en « pin up », parfois accompagnées de combattants kung-fu, d’acrobates chinois ou même d’une myriade de singes, sans oublier, bien sur, la sulfureuse collection « Clochard » où Galliano met en scène le look des Sans Domicile Fixe à l’attention des Sans Difficultés Financières. Le scandale, probablement involontaire mais admirablement assumé et géré, est énorme. «Regardez la communication qu’il y a eu derrière : tous les  journaux et télévisons du monde entier en ont parlé donc finalement ce fut une pub gratuite fabuleuse » sourit Marie-Christiane Marek grande prêtresse de la mode à la télé (sur Paris Première puis France 2 avec La Nuit de la mode). Les stars craquent. La Princesse Diana porte la première robe signée Galliano pour Dior lors d’un diner de gala au MMA de New York en 1996. Un an plus tard, devant les photographes du monde entier, Nicole Kidman reçoit son Oscar en Dior. La marque devient hype. Dans le cultissime  Sex In The City, Sarah Jessica Parker cite plusieurs fois la marque de son petit sac-selle, un Dior bien sur. Derrière, Dior actionne le rouleau compresseur publicitaire. Les pubs, shootées par Galliano et son vieux complice Nick Knight, excitent la planète à coup de peaux huilées et poses lascives, du glamour sexy pas très éloigné du porno-chic cher à Gucci. L’objectif de Galliano est simple : « quand un homme regarde une femme qui porte l’une de mes robes, je veux que basiquement il se dise « je veux la baiser » ». Sauvage et raffiné, décadent et romantique, ainsi va Galliano, génie créatif doublé d’un grand communicant. Et ça marche ! «Ce qui compte c’est le choix des consommateurs et des clientes et depuis que Galliano est chez Dior les ventes ont triplé ce qui veut dire qu’il fait exactement ce que veut le consommateur » se frotte les mains Bernard Arnault. « C’est ça le génie de Galliano : savoir s’adapter tout en restant créatif mais pas aux mépris des impératifs commerciaux et marketing» résume Virginie Mouzat.

John Galliano est multimillionnaire. Sa propre marque, moins provocante, plus féminine, se développe harmonieusement à coté de Dior, dans un atelier du coloré 20ème arrondissement de Paris. Et l’homme n’a pas pris la grosse tête. Il vit dans le Marais, prés du Musée Picasso, dispose d’un chauffeur, mais fuit mondanités et pages people des magazines même si, cet été, on l’aperçut du coté de Saint Tropez. On le croise souvent à L’Avenue, la cantine chic en face de son bureau, ou à La Perle, un bar branché de son quartier. « J’ai les mêmes amis et les mêmes collaborateurs depuis plus de vingt ans. La réussite ne m’a pas modifié sinon ils me l’auraient signalé depuis longtemps. Et tant pis si je dois dormir par terre, je le ferai sans hésiter tant que je peux voir la Lune. Derrière chaque romance se cache une tragédie et pour vivre les moments d’extase il faut accepter de passer par des creux. Je suis avant tout un incurable romantique » confia le créateur à L’Express. Tous louent son grand sens de l’humour. Et chaque année, Galliano embarque sa petite équipe pour un voyage d’étude au bout du monde, l’une de ses principales sources d’inspiration. Centaines de photos et notes, malles d’objets hétéroclites et morceaux de tissus forment au final des dizaines de cahiers, véritables bibles de la collection à venir. Ainsi retrouve-t-on des inspirations chinoises, japonaises, péruviennes, russes ou indiennes dans ses modèles. Un grand mix ethnique et culturel, rayé de logos à gogo, le fameux « CD » que les fashionitas s’arrachent.

Jusqu’au dérapage final

(juin 2006)

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