Simon Porte Jacquemus : « s’habiller, c’est communiquer »

0bbb65f623109fe5e2b8879040a41124De l’audace et du talent, voilà qui résume assez bien Simon Porte Jacquemus, jeune homme de 22 ans, créateur de mode de son état. De l’audace, il lui en a fallut pour se mettre à son compte à 19 ans, sans argent ni expérience. Et puisqu’il fallait impérativement se faire connaître, ce féru de communication a osé le happening pour montrer ses vêtements. « Je n’avais pas le choix, il fallait que je m’impose » sourit Simon Porte Jacquemus. « Le premier happening, c’était pendant la Vogue Fashion Net. J’étais suivi par les cameras de « La Mode, la mode, la mode » de Paris Première et j’ai abordé Emmanuelle Alt, la nouvelle rédactrice en chef de Vogue, avec mes mannequins qui faisaient la grève du style, habillées de ma collection automne-hiver 2011.Ca a pas mal fait parlé de moi. La seconde fois, je me suis présenté à l’entrée de la tente Dior lors de son défilé avec quelques filles qui portaient ma dernière collection. Tous les journalistes qui allaient chez Dior ont vu mes modèles et des centaines de photos ont été prises ! Je réfléchis d’ors et déjà à ma prochaine « attaque » !».

Mais la com, aussi fraîche et innocente soit-elle, ne serait rien si, derrière, ne se cachait un véritable créateur à la personnalité affirmée. Preuve de son talent, les pièces de ses deux premières collections se sont vendues sur Internet. La 3ème a été achetée par Open Ceremony aux Etats-Unis et la marque Simon Porte Jacquemus est désormais distribuée dans une vingtaine de boutiques, à New York, Los Angeles, Tokyo ou Aix-en-provence, chez Gago, « l’un des plus beaux points de vente en France et la boutique de mon enfance ». Le jeune créateur est en effet un enfant du sud, du Lubéron plus précisément, où ses parents exploitent une ferme qui produit des… carottes ! « Nous sommes une famille de paysans mais cela ne signifie pas que mes parents ne soient pas créatifs » dit-il «Ma mère était une folle de décoration et mon père écrit des chansons et se travestissait pour jouer sur scène ! A coté de ca, notre ferme produit des carottes ! La famille Jacquemus, depuis mon arrière grand mère est connue pour sa production de carottes ! ». C’est dans cet univers composé de d’objets, de musique, de danse, de mode et de carottes que Simon grandit avec la farouche ambition de s’imposer dans la vie. «A 7 ans je dessinais des robes de princesses, à 12 j’écrivais à Jean Paul Gaultier pour devenir son assistant et à 18 je montais à Paris faire l’école Esmod » résume-t-il. Il ne se plait guère à Esmod et la même année sa mère décède. Le jeune homme fait le point sur sa vie et décide, en autodidacte, de se lancer, quasiment sans aucune expérience professionnelle. « Quand j’y repense, je me demande comment je m’y suis pris » sourit Simon Porte Jacquemus «Je me suis mis à travailler comme vendeur –je le suis toujours chez Comme des garçons- et j’ai économisé l’argent pour acheter les tissus. J’ai dessiné les modèles et je les ai montés avec une modéliste. J’ai demandé à un ami photographe de shooter mes modèles et je les ai mis sur internet où elles ont été reprises par des sites et des blogs. Mais je les ai harcelés pour ça ! ». Aujourd’hui, dans une spirale vertueuse, chaque collection double les volumes et les points de vente de la précédente et finance la suivante.

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Simon Porte Jacquemus s’adresse à une jeune fille qui a un certain gout de l’image car « s’habiller c’est de la com, c’est donner une image de soi » explique cet admirateur de Jean Paul Gaultier, Martin Margiela et Comme des Garçons. Sa silhouette est ultra simple, souvent oversized. Vêtements simples et faciles à porter, ils conviennent aussi bien à la jeune femme qui souhaite un basique qu’à la fashionitas soucieuse d’arborer une dégaine forte. Et si le créateur aime les idées de neutralité et de répétition, son souci n’est pas d’être identifiable au premier coup d’œil mais « de raconter à chaque fois une histoire avec un thème différent, qu’on ne parle pas de vêtement mais d’une femme et d’un univers autour. C’est comme un film où j’essaie d’habiller les personnages ». Ainsi, pour cet automne-hiver, l’histoire est celle d’une fille des années 90 qui porte des vêtements d’hommes, des robes de soirées un peu trash en vinyle et du sportswear. Je fais un film et j’essaie d’habiller les personnages. Cette fille des années 90 c’est Adjani dans La Gifle, une adolescente un peu perdu, qui pleure, qui rigole. « Le cinéma m’influence beaucoup, je tilt sur l’image d’une femme » reconnaît le créateur. Pour l’été suivant, ce sera les années 60, redécouverte via Mon Oncle de Tati. « Ce sera chic et drôle » prévient le jeune homme. On n’en doute pas !

(décembre 2012)

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