Michel Heurtault : pébroques d’exception

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Michel Heurtault le dit lui-même : « avec le « pébroque », je me suis attaqué à un objet totalement dévalorisé, vendu 5€ à la sortie du métro, jetable comme un vulgaire rasoir ! ». Aujourd’hui, l’homme a su rendre ses lettres de noblesse au parapluie qui, de Mary Poppin à Gene Kelly en passant par Cherbourg, appartient à notre imaginaire collectif. Sous ses mains expertes, l’accessoire est devenu une luxueuse œuvre d’art artisanale pour laquelle une clientèle raffinée et exigeante parcoure des milliers de kilomètres, prête à débourser plusieurs milliers d’euros, prix de l’excellence. La Maison Michel Heurtault fait d’ailleurs partie des Grands Ateliers de France et détient le label Entreprise du Patrimoine Vivant, traduction de son savoir-faire exceptionnel.

Quelle drôle d’idée pourtant que celle de se lancer dans le parapluie en 2008 ! «Je suis passionné par cet objet depuis mes 7 ans » raconte ce fils de militaire qui a d’abord été, durant 20 ans, costumier historique et corsetier, pour Dior notamment.  Après avoir démonté, autopsié et remonté des centaines de pébroques durant son enfance, il a habillé le cinéma et le théâtre français tout en lui fabriquant ombrelles et parapluies.  Devenu un véritable historien de la chose –sa collection comporte 2500 pièces-, Michel Heurtault recrée exactement des parapluies d’époque comme, par exemple, dans l’Adèle Blanc Sec de Luc Besson. Il fabrique à l’époque une ombrelle exceptionnelle pour Yves Saint Laurent et, à force d’encouragements admiratifs et répétés, décide de ne plus se consacrer qu’à sa vocation première en ouvrant son atelier au Viaduc des Arts, 85 avenue Daumesnil. «De nos jours, un parapluie n’a pas de valeur intrinsèque : 12 millions partent à la poubelle chaque année. Si on ne le perd pas rapidement, il se casse très vite car son obsolescence a été programmé » explique Jean-Yves Thibert, associé venu de la finance de Michel Heurtault et ami de 15 ans. « Savez vous pourquoi on dit qu’ouvrir un parapluie dans une maison porte malheur ? C’est une rumeur lancée par les fabricants du 19ème siècle pour que les parapluies mouillés restent bien fermés et ainsi rouillent et se cassent ! Nous, nos parapluies durent une vie entière. ».

 

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Michel Heurtault a ainsi investi un créneau déserté : celui du parapluie de luxe. «Beaucoup de gens très élégants se promènent avec un sac plastique au bout d’un manche quand il pleut. Il n’existe rien de beau et de luxueux même chez les grandes marques de couture » constate le créateur. Roi de la baleine, en acier ou en fanon (lame cornée qui garnit la mâchoire supérieure du cétacé) pour les modèles  « historiques »), il produit chaque année quelque 200 pièces entièrement faites mains. Les bois vont de l’érable à l’ébène en passant par le cocobolo ou le palissandre, la soie imperméabilisée laisse parfaitement rouler les billes d’eau et la personnalisation du parapluie est sans limite. Poignée en marqueterie ou en ivoire sculpté, habillée de galuchat ou de cuir, aux armes familiales ou en forme de tête d’animaux, toutes les envies, surtout les plus luxueuses, sont possibles. «Mais le véritable secret d’un parapluie, c’est la tension du voile de soie » révèle Michel Heurtault. « Grâce à un travail précis de patronage, à une déformation à la vapeur du tissu et à un assemblage sophistiqué avec des baleines solides, on obtient un parapluie parfaitement tendu, à l’esthétique irréprochable et qui jamais ne se retournera au moindre coup de vent ! ».

 

 

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Les modèles d’entrée de gamme s’échangent autour de 490€. Pour un très chic John Steed à la poignée de bambou, comptez 550€. Ensuite les prix s’envolent. Pour un bois précieux rajoutez 1500€ et pour un modèle haute-couture, comprenez sur-mesure, l’addition dépasse les 10 000€. Ombrelles, parasols et même cannes sont au catalogue de la maison. 200 pièces sortent chaque année des ateliers de Michel Heurtault et la demande, internationale à 80% et majoritairement masculine, ne cesse d’augmenter. Quand l’atelier lui en laisse le temps, Michel Heurtault chine et courre les salles de vente, à la recherche de parapluies anciens. Des collectionneurs ou d’anciennes manufactures lui confient aussi leurs stocks de baleines, ressorts et même des machines-outils que cet autodidacte est désormais le seul au monde à savoir faire fonctionner.  Prochaine étape pour la Maison Heurtault : la création et l’impression de ses voiles, aux motifs et couleurs maison. Le « It-parapluie » n’est plus très loin…

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