Anne Valérie Hash : elle a tout d’une grande !

avh-portraitQuel est votre parcours ?

Enfant, j’aimais ce qui était manuel. J’étais assez silencieuse et ce sont mes mains qui parlaient. Mes parents n’étaient pas dans la mode : mon père était informaticien et ma mère secrétaire de direction. J’adorais la cuisine, les couleurs et les saveurs, et j’étais attiré par l’Ecole hôtelière. La mode m’attirait aussi, à cause peut-être d’un grand-père vendeur de tissus. J’ai  fait la Chambre syndicale de la Couture mais le côté artificiel de la mode m’a déplu, il me manquait quelque chose de plus intellectuel. J’ai fait un break d’un an aux Etats-Unis à étudier la psycho, la socio et l’histoire de l’art.

Quand êtes vous tombé amoureuse de la mode ?

A mon retour, j’avais besoin de travailler immédiatement et je suis devenu une globe-trotter de la couture : Nina Ricci, Chanel, Lacroix, Dior et Chloé. Mais j’avais peur de rester dans une maison et de m’ancrer dans le style du créateur. Je me suis lancée en solo avec des robes de mariées sur mesure. Mais je n’étais toujours pas sur de ce que je voulais faire. Au fil des rencontres, les gens m’encourageaient à faire une collection complète mais il fallait que j’aie quelque chose à dire et ce n’était pas mûr dans ma tête. En fait, je n’arrivais pas à accepter ma passion pour un truc léger et superficiel. Il m’a fallu le temps de l’accepter et de comprendre que la création n’était pas futile, qu’il pouvait y avoir un discours derrière. Je me suis remis en cause, je me suis questionné : qu’est ce que j’aime, qu’est ce que je veux faire, dire ? La couleur ? La coupe ? A la fin j’ai trouvé « l’histoire » : celle d’une petite fille qui rentre dans le placard de son père quand il s’en va, celle d’une petite fille qui aime son père.

 

C’est autobiographique ?

Evidemment, je faisais ça avec ses cravates, ses chemises, ses pyjamas, ça doit être lié au départ de mon père quand mes parents ont divorcé. Je ne voulais pas qu’il s’en aille.  J’ai compris ça il n’y a pas longtemps, après le décès de mon père.

Comment définiriez-vous votre style ?

Au départ c’était donc masculin-féminin. J’adore les tailleurs, les costumes anciens. Et puis j’ai évolué vers féminin très féminin mais avec une pointe de masculin. C’est  plus glamour, plus léger, plus transparent, mais il y a toujours des déchirés.

Les « must » de vos collections ?

Les tutus à volants avec des baleines qui se froncent, les chemises en plumetis légères, les vestes très structurées et déchirée, les pantalons salopette, le pantalon-robe, avec la taille au niveau du décolleté avec la braguette au milieu. Ce qui est drôle, c’est que dans ma collection, il y en a deux en fait : la très féminine et la très masculine, que d’ailleurs les acheteurs se partagent !

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je cherche toujours à mélanger deux thèmes antinomiques. L’hiver prochain s’appelle Les dandys Africains. On a donc des vêtements sophistiqués à mort d’un côté et puis un côté déchiré, délabré, le tout au final très chic. L’hiver dernier, c’était le flamenco, noir, rouge, brillant, mixé au voile, à la transparence beaucoup plus douce. Cet été, c’est le masculin-féminin. Je suis hors tendance, alors ça peut-être, l’air du temps, un livre, un titre de film, ou une expo comme pour la collection Re-création qui mélangeait l’école avec l’art contemporain.

Une anecdote marquante depuis que vous êtes dans la mode ?

Pour être invitée dans le calendrier haute-couture, j’ai dû solliciter les grandes maisons de couture. Je prépare donc une lettre type avec mon dossier et je commence mes envois par Sidney Toledano le Pdg de Dior. Et j’envoie le même courrier en changeant à chaque fois le nom de la maison et du PDG. Mais dans ma lettre type, celle de Dior, j’oublie à un moment dans le texte d’enlever Dior et Sidney Toledano ! Toutes les maisons ont reçu ma lettre avec Dior et Toledano dans le texte ! C’est là qu’on voit l’humour et le statut de chaque maison. Chanel a été d’une élégance extrême : la secrétaire m’a renvoyé ma lettre avec un mot : « je pense que vous avez fait une petite erreur. Merci de refaire votre courrier avant que je l’adresse à Monsieur etc ». Parfait, très classe. Même chose chez Hermès. Chez Chloé, Ralf Toledano, humour total : « je ne suis pas Sidney mais Ralf, je ne suis pas Dior mais Chloé, mais ne vous inquiétez pas etc ». Il m’a appelé on a rigolé dix minutes, il m’a déculpabilisé. Jean Paul Gaultier en revanche, je me suis pris un savon ! On m’a dit que c’était scandaleux etc. Finalement, Sidney Toledano chez Dior m’a pris, avec beaucoup d’humour et de gentillesse.

A quoi sert la mode ?

C’est social, par le statut qu’apporte le fait de porter telle ou telle marque, et séducteur. Quand on achète un nouveau vêtement, on a l’impression de changer de peau, c’est une pommade pour se faire du bien.

Quels sont vos modèles ?

Elsa Schiaparelli, Madelaine Vionnet, Coco Chanel, Rei Kawakubo, Sonia Rykiel. J’ai des références de femmes, de personnalités, pas de style. Elles ont osé à leur époque et elles m’inspirent pour cela.

Votre panthéon de la mode ?

Coco Chanel a libéré la femme en lui donnant le pantalon, Yves Saint Laurent lui a donné le smoking des hommes et Thierry Mugler l’a transformé en femme de pouvoir un peu SM.

Une marque qui symbolise l’élégance aujourd’hui ?

Yoji Yamamoto. C’est une élégance particulière, intérieure, pour une femme sereine. C’est un poème.

Une faute de goût ?

Essayer d’avoir trop de goût. Mais si beaucoup de choses me choquent, je me mets à la place de la personne et j’essaie de comprendre pourquoi telle femme s’habille comme ça. Je suis très indulgente (rires).

L’homme le plus stylé pour vous ?

David Bowie.

La femme la plus stylée pour vous ?

Fanny Ardant

Chez qui vous habillez-vous ?

Chez moi et des petites choses chinées aux puces. J’aime aussi les japonais et les italiens mais j’achète très peu de choses.

Film culte ?

La Rose pourpre du Caire de Woody Allen pour le décalage et Dogville de Lars Von Trier pour l’atmosphère. Plus que l’histoire, c’est la mise en scène et le décalage qui m’ont marqué. Ce sont des images qu’on ne peut pas oublier.. Sinon Zaïtoshi de Kitano, une sublime histoire d’amour, un film incroyablement moderne.

Dernier livre lu ou préféré ?

Le temps me manque mais quand je rentre dans un livre, le monde peut s’écrouler, je suis dedans. Récemment, Belle du seigneur de Cohen. 800 pages avalées en 5 jours !

Dernier disque écouté ou préféré ?

Actuellement la musique brésilienne. J’ai une copine qui me fait des compilations de cette musique du cœur. Ca me transporte. Sinon, j’adore le classique, le jazz.

Le lieu ou vous sentez chez vous à Paris ?

Les salons de thé des grands hôtels, le Ritz, le Meurice, Le Bristol. J’adore cette ambiance, un bon verre et des olives, observer les gens, les touristes, les hommes d’affaires avec leur maitresse… Et puis les pâtisseries sont à tomber !

Pour conclure, votre philosophie de la vie ?

La vie est une chance inouïe. On n’appartient à personne, même pas à soi-même. Il faut vivre chaque minute pleinement car, pas plus qu’on ne décide quand on arrive, on ne décide pas de son départ. Il faut en profiter au maximum, tout peut s’arrêter en 5 minutes.

(2007)

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