Barbara Bui, le luxe silencieux

-Barbara-Bui-112137_LQuels souvenirs gardez-vous de vos débuts de « jeune créatrice », en 1983 ?

Celui d’avoir démarré avec beaucoup plus d’inconscience et d’innocence que les jeunes créateurs d’aujourd’hui dans le sens où je ne visais ni la gloire ni « la cour des grands ». C’était bien car ainsi je ne me posais pas de questions et je ne me comparais pas aux autres. J’ai démarré de manière très artisanale avec des mini- collections, de la « petite couture » avec des modèles à quelques exemplaires pour un petit nombre de femmes. Le succès est arrivé vite, de manière surprenante.

Mais votre passion première était le théâtre ?

Effectivement. Le théâtre était aussi une façon d’exister, de m’exprimer, comme l’écriture qui m’attirait également. Finalement ce fut la mode ce qui m’a permis d’être plus «auteur» qu’ «interprète». Mais récemment, j’ai fait les costumes d’un opéra classique-moderne,  « Médéa » de Pascal Dusapin. C’est un travail intéressant car le costume de théâtre permet de dire des choses qu’on ne peut pas exprimer en mode.

A quoi remonte alors votre histoire d’amour avec la mode ?

C’est toujours un point d’interrogation pour moi. Ce sont les hasards de la vie, des rencontres. Ce n’était pas prémédité, pas une vocation de petite fille et je n’ai pas fait d’école. C’était juste pour faire quelque chose d’agréable à côté du métier de comédienne. Je n’imaginais pas que cela allait prendre cette importance. Je le faisais en m’amusant et en le faisant, je suis tombé amoureuse de la mode. Je voudrai dire ça aux jeunes créateurs qui doutent parfois de leurs capacités : on peut s’étonner soi même, être capable de faire des choses dont on ne se pense pas capable mais et qu’on a, en fait, en soi. On n’est pas obligé de passer par les écoles, on apprend beaucoup plus vite sur le tas. Et on en tire une fierté particulière liée à l’une urgence de la vraie vie.

Le financement est toujours un problème pour les jeunes. Comment avez-vous fait ?

Je me suis lancée pour le prix d’une voiture. C’était le système D ! Je m’adressais  à un petit public, de gros investissements n’étaient pas nécessaires. C’est pourquoi il faut accepter de démarrer petit et ne pas se comparer aux grands. Mais vous savez quand j’ai commencé dans les années 80, on disait déjà que c’était plus facile avant, dans les années 70 !

Beyoncé en Barbara Bui printemps-été 2013 le 6 mai à Londres pour l'avant-première de son dernier film, Epic

Beyoncé en Barbara Bui printemps-été 2013 le 6 mai à Londres pour l’avant-première de son dernier film, Epic

Comment votre vision de la femme a évolué au fil du temps ?

J’essaie toujours de parler d’une femme sensible mais a qui a une énergie assez forte, « rock’n’roll ». Les deux sont compatibles car  pour moi le rock’n’roll est plus une forme de romantisme que quelque chose de dur. En revanche, les dix premières années, la dualité de mes origines eurasiennes étaient plus présentes avec des collections plus « voyages », plus « ethniques ». Aujourd’hui, je suis dans un autre cycle, plus « urbain » avec le mode de vie très actif qui va avec.

Les artistes ont des « antennes » qui leur permettent de capter l’air du temps. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Avant c’était les voyages, maintenant des expositions, des livres, la photo, des films, l’art en général. Il est vrai que nous sommes comme des « éponges ». Par exemple la collection de l’hiver dernier était très axée sur les Ballets Russes parce que ç’est quelque chose qui me touche. En même temps, c’était dans l’air du temps mais je ne savais pas être dans une tendance, au contraire, je croyais être à contre-courant. Alors quand votre travail rencontre les attentes du public c’est formidable. Mais ça ne marche pas a tous les coups.

Justement, votre meilleur souvenir est également le pire ?

Effectivement. J’adore ma collection « Les Anges Gardiens » qui mélangeait toute une poétique très blanche à du métal, des cotes de maille etc. Mais le public n’a pas compris ce que je voulais dire. C’était terrible car pour moi, c’était une collection de référence dans mon travail. Heureusement, après-coup, les gens l’ont trouvée superbe  mais sur le moment ce fut l’incompréhension totale.

La mode est un reflet d’une époque. Trouvez vous l’air du temps aussi morose qu’on le dit ?

Non, il y a eu des années plus difficiles qu’aujourd’hui, il n’y a pas si longtemps. Il y a des choses intéressantes, dynamiques. On est peut-être dans une période moins intellectuelle que dans les années 90 mais la mode très conceptuelle de cette époque était aussi sectaire et réductrice, réservée à une élite un peu snob. Actuellement, il y a de la création, de la nouveauté, des choses intéressantes et dynamiques.

A quoi sert la mode ?

Principalement à exprimer sa personnalité. J’ai rencontré une psychiatre qui a écrit un livre sur le rapport entre la mode et la psychologie des gens. On est bien habillé si l’on est juste avec soi-même, mal si l’on se déguise pour plaire aux autres. En tant que styliste, c’est ce qu’on déteste : les fashion-victims, les gens qui suivent une mode sans la comprendre, sans que cela ait un sens pour eux. C’est ça une faute de goût : quand le vêtement ne correspond pas à la personne qui est à l’intérieur.

On a dit de votre travail que c’était un « luxe silencieux ». Qu’est ce que le luxe pour vous ?

L’élégance, la qualité mais aussi, comme j’aime les décalages étonnants, des touches d’extravagances qui disent quelque chose.

Votre panthéon de la mode ?

Yves Saint Laurent. La réussite et l’élégance alliée à la créativité.

La femme et l’homme les plus stylés pour vous ?

A l’époque, Bianca Jaegger et son élégance très particulière, une vraie icône de mode. Aujourd’hui la sublime Maggie Cheung dans « In the Mood for love ». Chez les hommes, je m’inspire parfois de Mick Jaegger, son coté androgyne.

En musique, vous êtes aussi Rolling Stones  ?

(rires) Oui et non, mes goûts sont très éclectiques, du classique à l’électro. J’adore aussi Gainsbourg. Actuellement j’écoute « I’m a bird now » d’Anthony et « Witch » de Leslie Winer.

Vos films cultes?

« L’important c’est d’Aimer » car j’aime beaucoup Romy Schneider. Les Fellini, les Begnigni des débuts. Et The Party avec Peters Sellers !

Votre auteur préféré ?

Pendant longtemps, Albert Cohen. Actuellement je suis sur un livre de croquis. J’adore le dessin, la simplicité du geste.

Pour conclure, votre philosophie de la vie ?

(rires) Connais toi toi-même !

(mars 2006)

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