Laetitia Casta : une femme libre

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A l’occasion de la sortie en DVD et Blu-ray d’Une Histoire d’Amour, retour sur l’interview de Laetitia Casta réalisée au moment de la sortie du film en janvier dernier…

Laetitia Casta en maîtresse sado-masochiste, voilà de quoi faire fantasmer le public ! Et pourtant, « Une histoire d’amour » est d’abord un film… d’amour !

Par les dialogues et les émotions qu’il dépeint, c’est un film sur le rapport sado-masochisme mais Hélène Fillières, la réalisatrice, a su éviter le piège de la caricature. Le fait divers à la base du film (1) est fascinant. Il avait un côté voyeuriste qui a beaucoup fait fantasmer les gens. Mais dans le film, la relation entre mon personnage et Le Banquier, incarné par Benoit Poelvoorde, est retranscrite avec subtilité et intelligence, et tous ceux qui ont envie de se rincer l’œil seront déçus ! Le film explore surtout une histoire d’amour absolue, ténébreuse et destructrice.

N’avez-vous pas eu peur pour votre image avec ce sujet encore tabou ?

Non, j’en suis très détachée, je m’en amuse et je ne me sens pas emprisonnée dans une image que je devrai protéger. Je suis responsable de ce que j’ai laissé voir de moi jusque-là. Avec l’age, on évolue, on grandit et en faisant des films comme celui-ci je m’ouvre et je donne des choses qui laissent percevoir un côté assez sombre.

Personnellement que pensez-vous de cette relation entre la jeune femme et Le Banquier ?

En exergue du film, il est écrit  « Les histoires d’amour sont des planètes privées. Elles se volatilisent quand leurs habitants les ont quittées. Elles obéissent à des lois inconnues du reste de l’univers. Inconnues même de ceux qui les habitaient. On nous jugera au nom de lois qui n’étaient pas les nôtres au moment des faits ». Tout est dit. On ne peut pas juger l’amour, c’est la seule chose qui nous dépasse et qui, en fait, vaut vraiment le coup. Ici, on est dans une relation passionnelle, « à mort », littéralement. Les femmes qui subissent des violences physiques, c’est horrible, atroce et heureusement qu’il existe des associations qui viennent en aide et sauvent ces femmes. C’est difficile aussi à juger. Pourquoi ne disent-elles pas non ? Est-ce une forme d’amour pour elle ? Pourquoi mettent-elles aussi longtemps à en sortir ? Le veulent-elles d’ailleurs réellement ou est-ce une manière de penser qu’on les aime comme ça ? C’est compliqué et subtil. Enfin, il y a aussi des hommes qui se font maltraiter. Dans le film, la Jeune Femme n’est pas forcément la victime, elle domine aussi Le Banquier parfois. Mais là le sujet est tabou.

 

Le tournage a été éprouvant dites-vous. Pourquoi ?

L’exploration de cette histoire était sombre et il fallait aller puiser des choses en soi assez sensibles. On se sent un peu fragilisée.

Parcequ’en tant que mannequin on a été la femme-objet par excellence ?

Non. Ca c’est ce qu’Hélène Fillières a fantasmé et a projeté sur moi mais ça ne m’appartient pas. Moi, ce métier de mannequin m’a nourri, m’a permis des rencontres magnifiques et je ne me suis jamais sentie prostituer ! Mais je pense que le rapport dominant/dominé est omniprésent autour de nous. Le SM ce n’est pas qu’une histoire de combinaison en latex, c’est aussi des mots et des comportements, impalpables, qui commencent très tôt. Les sentiments d’abandon, de frustration et de manipulation, on les ressent dès que la mère retire le sein à son enfant. Petit, on est dans un rapport de force, avec son père, avec sa mère. Et cela continue par la suite. Qui domine ? Qui est soumis ? La question n’est pas nouvelle.  En tant qu’actrice, c’était excitant et intéressant à explorer. En tant que femme, je trouve l’histoire terrible et je ne souhaite à personne de vivre cela. Dépendre de quelqu’un c’est le début de la fin. Je trouve criminel que l’autre puisse vous empêcher de vivre comme vous l’entendez.

Nous parlions de tabou et il en est un qui est en passe d’être levé, non sans une forte résistance, c’est celui du mariage homosexuel. Pourquoi vous êtes vous prononcer en sa faveur ?

Pour moi, l’égalité pour tous est quelque chose de très importante et la France est très en retard sur cette question. Je vois les oppositions mais franchement qu’est-ce que les hommes d’Eglise y connaissent en mariage ou en amour, eux qui n’ont jamais vécu une relation amoureuse ? Ensuite, qu’est ce que le mariage ? La plupart de nos grands mère n’ont pas choisi leur mari et, au nom d’un arrangement financier voulu par les familles, ont sacrifié leur vie amoureuse. Formidable ! Aujourd’hui enfin, on peut se marier par amour, heureusement. Mais on peut aussi divorcer ! Bref, cette question est d’ordre très personnel et je suis pour la liberté individuelle de chacun à faire ce qu’il veut.

Vous-même avez deux enfants avec le comédien Stefano Accorsi et n’êtes pas mariée. Pourquoi ?

Pourquoi devrais-je être ? Faire des enfants avec un homme est beaucoup plus fort que de se marier. On peut divorcer d’un homme, pas de ses enfants.

Justement, pour les opposants au mariage gay, la question centrale est en fait est celle des enfants.

Mais de quoi a besoin un enfant ? D’amour, de nourriture et de régularité. Qui élève les enfants ? Ce ne sont pas les pères et les mères comme on veut le faire croire mais bien au départ les mères. Le père est là pour l’autorité. Pourquoi deux hommes ne seraient pas capables d’élever un enfant ? Il y a des parents hétérosexuels qui ne devraient pas être parents…

Vous êtes aussi pour qu’ils puissent adopter et que dans le cas d’un couple d’hommes ils puissent avoir recours à une mère porteuse ?

Tout à fait. Le fait qu’une femme qui ne peut pas avoir d’enfant puisse avoir recours à une mère porteuse et pas un homme crée une différence. Les gens doivent pouvoir choisir. Vous savez, il y a une chose importante qui m’agace c’est que l’on réduise toujours la force des histoires d’amour entre hommes. Comme si leurs sentiments étaient moins forts que ceux des hétérosexuels et qu’ils ne devaient pas avoir les mêmes droits. En fait, j’ai l’impression que tout cela est un prétexte à laisser s’exprimer la haine de certaines personnes à l’égard des homosexuels.

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Revenons à votre carrière. Entamé depuis 2000 vous avez réussi, à 34 ans, votre reconversion dans le cinéma ce qui est très rare pour un top-model. Pourquoi avez-vous réussi là où tant d’autres ont échoué ?

Parce que je suis une actrice à part entière depuis le début. Ce n’est pas quelque chose qui s’apprend, on naît actrice. Ma première expérience remonte à mes 12 ans, au théâtre, bien avant de faire de la photo.

Avez-vous eu du mal à imposer ce talent d’actrice dans l’esprit de réalisateurs pour qui vous n’étiez qu’un mannequin ?

Oui, il y a eu de la méfiance, mais c’est difficile pour tout le monde d’être crédible au départ. Mais malgré tout, assez rapidement, on m’a traité en vraie actrice en m’offrant de beaux rôles.

Mais vous demeurez une icône de la mode avec de nombreuses campagnes publicitaires. C’est important pour vous ?

Je suis toujours passionnée par la mode et je constate que les actrices sont de plus en plus souvent les égéries de telles ou telles marques. Moi, j’ai toujours fait ça et je me sens légitime, plus parfois que d’autres…

 

(1) Le 28 février 2005, le banquier Édouard Stern est tué à son domicile genevois de quatre balles. Le corps est retrouvé revêtu d’une combinaison en latex typique des jeux érotiques sado-masochistes. Sa maîtresse, Cécile Brossard, avoue être l’auteur du meurtre et est condamnée à 8 ans et demi de prison. Elle a été remise en liberté en novembre 2012.

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