Antoine de Caunes ou la légèreté, sérieusement…

Icône rock et télé, acteur juste et attachant mais réalisateur moins heureux, Antoine de Caune retrouve le ptit écran en succédant, en septembre, à Michel Denisot, à la présentation du Grand Journal de Canal +. Extraits d’une interview réalisée en 2009…

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Ces dix dernières années ne semblent pas avoir été celle de la confusion, professionnellement parlant ?

Non. J’ai fait les films que j’avais envie de faire et dont je suis content, jouer avec des gens avec qui j’avais envie de jouer. J’ai continué à faire à droite et à gauche des choses qui m’amusaient comme cette série documentaires pour Canal + sur Londres, Los Angeles et Berlin. Je me balade, je rencontre les gens.

D’où vous vient ce côté touche-à-tout ?

Je suis effectivement comme ca mais cela ne fait pas de moi un dilettante ou un velléitaire : je fais très sérieusement ce que je fais même si je donne le sentiment de la faire légèrement. Mais je ne suis pas un comédien ou un réalisateur qui creuse le même sillon en racontant tout le temps la même histoire ou en travaillant la même forme indéfiniment. En fait j’adore essayer des choses, chance que m’offre ce métier. Ca vient de ma déformation initiale : je suis un journaliste, d’où une curiosité insatiable.

Cela ne vous a pas pénalisé dans un pays où l’on adore coller des étiquettes aux gens et les classer dans un tiroir ?

Oui, ça m’a certainement pénalisé. Le mélange des genres fait qu’on ne me prend pas toujours pour un comédien ou un réalisateur sérieux. Mais, au final, j’arrive quand même à avancer…

L’échec de votre « Coluche, l’Histoire d’un mec » vous a blessé ?

Evidemment. On y laisse des plumes. Un film, c’est une telle débauche d’énergie, un énorme investissement personnel, beaucoup de passion et  2 ans et demi de travail ! L’échec fait donc forcement mal. Mais ce qui m’a surtout blessé c’est que ma démarche était sincère ; j’ai fait ce Coluche  parce que j’aime Coluche. J’avais envie d’expliquer le personnage, de trouver la clés de l’homme, en sortant des deux clichés qui le résument pour beaucoup : le clown de l’élection présidentielle de 1981 et sa rédemption par les Restos du cœur. Le personnage est plus complexe que cela. Et donc je me suis retrouve avec un tir de barrage du premier cercle de Coluche qui tous prétendent détenir la vérité sur Coluche. Il est leur propriété privée et on a pas le droit d’en parler et surtout pas d’en parler si c’est pour énoncer autre chose que la légende officielle. Ce qui est quand même extraordinaire concernant un anar pareil !

Mais le public, lui, pourquoi n’a-t-il pas été au rendez vous ?

Pour toucher a ce type de héros, les gens veulent du spectaculaire, du « bigger than life », et pas de l’existentiel où vous montrez et expliquez les fêlures, la fragilité, les pieds d’argile de la statue. Le public voulait le Coluche qui le faisait rire, pas l’envers du décors. C’était aussi me début de la crise, l’ambiance était plombée, les gens n’avaient pas de quelque chose de sérieux sur le paradoxe d’un clown. Mais regardez, le est passé sur Canal + et a fait un excellent score. Quand il passera sur France 2 il marchera très bien. Le public est finalement là…

C’est la raison pour laquelle vous faites une pause de 2 ans dans le cinéma ?

Non c’est simplement que je viens de faire 4 films d’affilée et que j’ai envie de sortir du rythme de 2 ou 3 années pour faire aboutir un projet. J’ai envie de chose plus immédiates, de varier les plaisirs. Mais je ne suis pas dégouté du cinéma, je ferai d’autres films.

Quels sont vos projets alors ?

Je retourne à l’écriture avec un projet de série télé qui m’amuse comme un petit fou. C’est un 12×26’ à la construction narrative étourdissante. Ce n’est pas encore validé mais si cela se fait, je jouerai dedans. Je met aussi la dernière main à un «Dictionnaire amoureux du rock », une somme  impressionniste et subjective de ce que j’aime dans le rock. J’ai enfin 2 ou 3 autres projets dont la réalisation d’un téléfilm unitaire et aller tourner pour Canal + à Tokyo.

Vous qui voyagez pas mal, quel regard portez vous sur Paris ?

Ou que j’aille, je suis toujours emballé de revenir a Paris. Ca fait cliché mais cela reste la plus belle ville du monde. Je ne me lasse pas de m’y promener. J’adore cette ville, il s’y passe toujours autant de choses. Ceux qui disent l’inverse tiennent un discours de snob. Le problème, ce n’est pas Paris en soi, c’est l’état d’esprit parisien et plus largement la mentalité française. Nous sommes très arrogants, on se prend très au sérieux sous une façade légère et spirituelle. Du coup, il est plus difficile de faire des choses ici qu’à Londres, Bruxelles ou Berlin. La réactivité, le pragmatisme, la simplicité y  sont plus grands qu’à Paris où l’on est plus dans l’affect, le pathos, le bla bla. En fait, on se contente finalement d’assez peu dans le travail en France. Les anglo-saxons sont plus rigoureux, plus travailleurs, plus exigeants. Nous on est assez flemmards tout en tenant le discours du bosseur ! (rires) C’est vrai que Paris offre la possibilité de perdre un peu de temps. Mais il faut savoir quand prendre le temps de vivre et quand prendre le temps de bosser !

Et vous avez une explication à cet état d’esprit ?

Pourquoi nous nous plaignons beaucoup de notre sort et pourquoi nous donnons des leçons au monde entier ? Parce que nous nous croyons supérieur ! (rires)  Ca tient au fait que nous sommes un vieux pays, qui a été dominant mais qui ne l’est plus. Comme les anglais avec leur empire colonial sauf que, eux, ils ont l’humour anglais qui les sauve ! Je suis plus anglais finalement !

(2009)

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