Tom Dixon : l’anglais qui redéfinit le design

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Tom Dixon est un homme discret. Elu en janvier dernier Créateur de l’année 2014 au salon Maison&Objet de Paris, ce sujet de Sa gracieuse majesté, âgé de 55 ans, ne s’est pas précipité sur les nombreux micros que la presse lui tendait. Mieux, de son QG londonien ou de l’une des nombreuses mégapoles qu’il passe son temps à visiter, le designer refuse 90% des demandes d’interviews qu’il reçoit. Et quand Tom Dixon se décide enfin à parler, l’homme est concis et ne répond qu’aux questions qui l’intéressent!


Pourtant, le parcours de celui que l’on a surnommé le « rebelle de l’avant-garde » du design international est atypique et interpelle. Tom Dixon est un autodidacte. Il est né Sfax, en Tunisie, et une fois de retour en Angleterre, a étudié, en 1979, à la Chelsea School of Art. La musique et les motos sont ses deux grandes passions. La première le conduira à devenir le bassiste du groupe Funkapolitan jusqu’à ce qu’une fracture du bras ne mette un terme à sa future carrière de rock star. Les motos, elles, le conduiront dans un garage où le jeune homme apprend alors la soudure et se découvre une (nouvelle) passion pour le métal. La nuit, Tom Dixon travaille dans une discothèque. Le jour ce sont des matériaux de récupération -fer, acier, cuivre, laiton, chrome…- qu’il travaille dans le but d’en faire des luminaires et des meubles. Le recyclage n’est alors pas encore dans l’air du temps et Dixon œuvre en marge du circuit fermé du design international. Dans les années 80, il participe à la création du

Mirror Balls

Mirror Balls

Créative Salavage group qui crée des meubles à partir d’objets trouvés et d’articles recyclés, participant ainsi à la redéfinition du design. Un travail de précurseur que le célèbre photographe Mario Testino ou le styliste Patrick Cox apprécient, lui achetant ses premières pièces en métal à la patine artisanale. La reconnaissance survient en 1989 quand l’italien Cappellini édite sa S-Chair, aux couleurs vives. Le succès est fulgurant et Tom Dixon devient le designer rock dont toute la ville parle. Il enfonce rapidement le clou avec sa Pylon Chair, évocation d’une grue. Designer « industriel », Dixon, son indépendance d’esprit, son attitude, impose un style décalé et extravagant. Il marque les années 90 avec Jack, un tabouret lumineux empilable, fabriqué en polypropylène, la Mirror Ball, une boule chromée miroitante, les luminaires « Copper Shade » et « Beat Light » ou encore le fauteuil « Wingback chair ». En 1992, il ouvre Space, magasin commercialisant ses propres créations ainsi que celles d’autres créateurs européens puis Eurolounge, société de fabrication d’objets en plastiques. Puis, de 1998 à 2008, Tom Dixon dessine les collections d’Habitat, la chaine de magasin d’ameublement contemporain de Terence Coran. Le directeur artistique refaçonne alors la vision des créations d’Habitat aux goûts du XXIe siècle. Et alors qu’il reçoit le titre d’Officier de l’Ordre de l’Empire Britannique, cet équivalent d’un Paul Smith dans la mode crée sa propre maison d’édition et enchaîne les best-sellers, ce que le designer prend avec un flegme tout british. C’est en peine tournée nord-américaine de signature de Dixonary, monographie célébrant ses 30 ans de design, que Tom Dixon a pris le temps de nous répondre.

Désigné Créateur de l’année au salon Maison & Objet, vous croulez, depuis quelques temps, sous les honneurs et les récompenses (S-Chair est exposée au Victoria & Albert Museum, d’autres pièces au MoMA de New York ou au Centre Pompidou à Paris), jusqu’à la publication d’une monographie (Dixonary, Éd. Violette) célébrant vos 30 ans de design. L’ancien punk est-il devenu une institution ?

Pas du tout ! D’abord, je n’ai jamais été un punk ! Et ensuite, je pense que ma carrière de designer n’est est qu’à ses débuts. Il y a tellement de choses que je n’ai pas encore dessinées : ni moyens de transports, ni objets électroniques, et un seul bâtiment pour l’heure …

Êtes-vous soucieux de ce qui se dit sur vous, sur votre travail ? De la postérité ?
Pas du tout ! Peut être parce qu’en ce moment tout le monde a l’air de dire des choses positives sur mon travail. Quand à la postérité, je ne serais plus là pour m’en tracasser…

Votre passion c’est le métal et votre grande idée de créer des meubles réalisés en métal recyclé. Qu’est ce qui vous plait dans le cuivre, le chrome, le laiton, vos matériaux « signatures » ?

Le métal fut mon point de départ et c’est toujours un matériau qui me passionne car il offre tant de possibilités au niveau des formes, des couleurs, des différents moyens de fabrication et des finitions. Mais, en ce moment, je m’intéresse tout autant au verre, au plastique, au bois et au textile.

Qu’est qui est au centre de votre réflexion quand vous créez un objet ?
J’aime beaucoup les procédés de fabrication, les usines, la main d’œuvre, les artisans, les outillages. En fait, je pense plutôt aux matières premières et à leurs potentiels. Avant de me mettre sur l’ordinateur, j’aime essayer de fabriquer dès le début une maquette grandeur nature, même si c’est en carton, pour voir comment l’objet habite l’espace.

Pylon Group

Pylon Group

Etre son propre éditeur c’est la liberté créative absolue, l’indépendance totale ?

En principe oui, dans la pratique pas du tout ! On prend tout le risque commercial et tout les frais d’innovation à son propre compte. Mais l’avantage est bien sur de pouvoir prendre les grandes décisions soi-même

Le design fonctionne-t-il comme la mode ? Avec des tendances, des cycles, un besoin permanent de nouveautés ?
Oui, de plus en plus. Spécialement avec le monde digital, ou tout le monde veut du neuf chaque semaine. Mais la réalité de la consommation d’objets pour la maison montre que finalement le fonctionnement du design n’est pas aussi maniaque que celui de la mode. Mais il y a toujours eu de la mode dans le design : l’art nouveau, l’art déco, le Bauhaus, le Pop, le post moderne …

Vous avez désigné un restaurant à Paris (l’Eclectic, un mix Belle Epoque-seventies étonnant), le nouveau Café 66 sur les Champs-Elysées, réalisé un premier hôtel à Londres ce printemps, créé un service de table en laiton, métal mat etc et enfin lancé une collection de vêtements et d’accessoires de voyage dessinée pour Adidas. Vous êtes de plus en plus éclectique ?
J’aime beaucoup mes nouvelles aventures dans d’autres univers. Alors, avec un peu de chance, il y aura encore d’autres détours inattendus !

Wingback Chair

Wingback Chair

A l’heure du digital et de l’avènement de l’imprimante 3D, ce passionné de méthodes de production innovantes, s’il continue de défendre les artisanats du monde entier (la suspension Beat Light fat est directement inspirée des pots à eau du sous-continent indien), se réjouit de l’explosion de créativité que ces nouvelles technologies permettent d’ors et déjà. Mais si le digital est l’avenir du design, c’est avec le cuivre des suspensions « Coppershade », « Etch Shade » et « Eclectic » que Tom Dixon a fait sensation au salon Maison&Objet. Début mars, consécration suprême, son style industriel-chic pénètre dans le temple du shopping londonien, Harrods. Puis, mi-mars, le designer était à la Milan Design Week pour présenter sa nouvelle collection de luminaires sur le thème du Club de Gentlemen revisité. Parions que la toute jeune carrière de Tom Dixon s’enrichira bientôt d’un night-club désigné par cet ex-rocker…

 

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