Bérénice Bejot : « je veux faire rêver le public »

Berenice Bejo Wallpapers @ go4celebrity.com
Elle est l’une de nos rares actrices à pouvoir incarner le glamour du cinéma. Petite, Bérénice Bejot rêvait devant les photos de stars hollywoodiennes dans les magazines. Son talent l’a propulsé jusqu’à Hollywood où, avec The Artist, elle a pu laisser s’exprimer son envie de faire, à son tour, rêver le public. Césarisée (The Artist) et palmée (prix d’interprétation féminine au festival de Cannes pour Le Passé), elle s’apprête à tourner avec Robert Pattison en janvier prochain. Mais avant, Bérénice Bejot monte au créneau pour The Search, le premier film post-The Artist de Michel Hazanavicius, son compagnon à la scène et à la ville. Un film dur, qui interpelle, et où le glamour n’a pas place. Raison de plus pour justement en parler également avec une actrice populaire, glamour mais accessible !

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Pourquoi ce choix gonflé et courageux d’un film sur la seconde guerre de Tchétchénie, conflit qui date de 14 ans et n’a guère mobilisé les foules à l’époque ?
C’est un sujet qui tenait à cœur à Michel Hazanavicius depuis longtemps. Il est très inquiet de ce qui se passe dans le monde. Avec le succès de The Artist, il avait la possibilité de tourner ce qu’il voulait mais il s’est dit qu’il fallait profiter de ce moment où tout lui était possible. Car honnêtement mettre 20M€ sur un film comme The Search, c’est compliqué ! Je trouve formidable d’utiliser son pouvoir d’artiste pour faire The Search. C’est une guerre qui ne nous concerne pas, nous n’avons pas d’amis tchétchène, c’est une guerre lointaine et c’est un film sur les massacres de musulmans et Michel est juif.

Apres un succès avec un film léger comme The Artist, fallait-il montrer sa capacité à faire du « sérieux » ?
Pas du tout ! Michel ne calcule pas, il fonctionne selon ses envies, pas en fonction d’un plan marketing. Le sujet est important. C’est une guerre qui date de 14 ans mais qui continue en Syrie ou en Ukraine. C’est une guerre « générique » en fait. Il n’y a d’ailleurs dans le film aucune explication sur les tenants et les aboutissants du conflit Tchétchène. Michel voulait parler d’une guerre contemporaine, de sa peur, et rappeler qu’aujourd’hui c’est 90% de civils qui meurent alors qu’auparavant c’était 90% de militaires. Le film parle donc des gens à travers 4 destins et c’est en cela que c’est un film populaire.

Qui ne provoquera toutefois pas le raz de marée de The Artist. Le film a d’ailleurs reçu un accueil mitigé de la part de la critique à Cannes. Difficile après avoir été si encensés ?
Oui bien sur. Mais ce ne sont que les critiques. Nous avons eu 15 minutes de standing ovation lors de la séance publique à laquelle assistaient 3 000 personnes et il n’y a eu que deux standing ovation à Cannes cette année ! Maintenant, on ne s’attend pas à un raz de marée en salle. L’idée c’est d’ouvrir un dialogue sur un sujet qui nous semble grave, pas de décrocher des médailles.

Le film résonne aussi avec votre histoire personnelle puisque vos parents ont fuis la dictature argentine ?
L’oppression, le déracinement, je connais. Le film parle de résilience, d’un enfant qui, malgré l’assassinat de ces parents, va s’en sortir. Je n’ai pas connu cela mais mes parents ont pris leurs affaires, dit au revoir à leurs carrières, leurs familles et ont débarqué en France sans parler un mot de la langue. Ils se sont reconstruits ici. J’ai grandi dans une famille très ouverte au monde, au cinéma, aux expositions, à la musique, au théâtre. C’était leur réponse : bouffer la vie ! Et moi, je n’ai jamais voulu faire autre chose que comédienne. Très tôt, je me suis inscrite au theatre.

Si Meilleur Espoir Féminin vous a révélé en 2000, c’est avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, six ans plus tard, que vous explosez. Un film important donc mais aussi un rôle de poupée sixties, sexy et glamour, qui n’est pas un hasard…
Oui car je me glisse finalement dans la peau de l’une de ces héroïnes de cinéma que j’admire depuis mon enfance et j’y prends énormément de plaisir ! Mes références à 20 ans, c’étaient les actrices hitchcockiennes, les films américains d’avant 60, pas mal d’italiens aussi. C’étaient Audrey Hepburn , Marylin Monroe, Ingrid Bergman, Paulette Godard, Joan Croawford. Le glamour Old School !

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Un glamour qui faisait rêver et qui ne subsiste plus qu’à Hollywood à l’occasion de cérémonies comme les Oscars ?
Qu’entend-on aujourd’hui ? Que nous sommes toutes « normales », particulièrement les françaises. Mais ce que l’on ne comprend pas ici c’est que les américaines font 60 Red Carpet par an ! Nous un seul tapis rouge, aux Césars ! On ne peut donc pas comparer. Quand une actrice française arrive, elle est paumée. La plupart ne savent ni marcher ni poser, elles sont un peu gauches, elles essaient des trucs mais elles ne se connaissent pas bien car une robe red carpet elles en portent une seule fois dans l’année ! Les américaines, dés septembre, enchainent 50 festivals avant les Oscars. Quand elles y arrivent, elles ont essayé 200 robes, posé devant des milliers de photographes, elles se sont vues en photos, ont distingué quelles poses les mettent en valeur et elles savent ce qui leur va. De plus, elles ont des stylistes qui bossent pour elle 6 mois de l’année ! Nous, on est pas du tout la dedans. Alors ok, les françaises sont moins glamour que les américaines mais parce que nous n’en avons pas l’occasion ! Sinon la plupart aimerait !

Mais vous, comment vous y êtes vous prise pour jouer aussi bien le jeu du glamour ?
J’ai appris durant les 3 dernières années. J’avais envie de jouer le jeu et j’y ai pris du plaisir. En tant que française, on a peur au début d’être décalée puisque personne ne joue le jeu chez nous. Moi je suis partie du principe qu’une fille n’est jamais trop habillée et que si j’ai envie de me faire plaisir, je me fais plaisir. Et je prends du plaisir car je me souviens de toutes ces photos d’actrices hollywoodiennes qui m’ont fait rêver et je veux faire rêver de la même façon ! Cela prend du temps pour y arriver car cela ne fait pas partie de notre culture. La française pense que la méga robe fera too much. Mais non, nous avons le droit d’être glamour ! Même quand on fait le tour de France pour promouvoir nos films, il ne faut pas y aller en jean-basket. Si vous mettez un jean, essayez de trouver les chaussures, l’accessoire, le top, le bijou qui va vous habiller chic et vous distinguer. Personnellement, pour m’aider, je travaille avec une conseillère- styliste.

Vous avez donc toujours rêvé d’incarner ce glamour ?
Oui mais je ne savais pas comment faire ! Et je n’étais pas non plus sur d’y arriver (rires). Mais Marion Cotillard a ouvert la voie en allant aux Etats-Unis. Léa Seydoux également.

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En devenant une star hollywoodienne, ne devient-on pas inaccessible pour les réalisateurs français ?
C’est plus difficile mais Marion Cotillard tourne toujours dans des films français. Après c’est un choix de carrière. Ne serait ce que pour des questions d’emploi du temps, on ne peut pas tourner à Hollywood pour avoir une carrière internationale et tourner en France en même temps.

Etre belle et bien habillée et se montrer ainsi pour la promotion d’un film, c’est un plaisir ou, comme pour beaucoup d’actrices françaises, une contrainte liée au métier ?
C’est un plaisir mais cela peut aussi devenir pénible si je dois être glamour en permanence ! Entre la robe, la coiffure, le maquillage, le sac, le vernis etc, une fille a besoin de 2h pour être prête. Un mec il change juste de chemise ! Donc, c’est quand même fatiguant de jouer à cendrillon tout le temps ! Cannes, c’est 3 semaines de préparation à essayer des robes avant de trouver celle qui va. Mais cela fait partie du jeu et du travail. La promotion, ce n’est pas toujours très rigolo mais il faut la faire. Même chose pour les red carpet.

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Apres The Artist, vous avez eu des propositions américaines et pourtant vous n’avez pas enchainé là bas ? Pas manque d’envie ?
Après les Oscars, j’ai enchaine les tournages du Passé, du Dernier Diamant et de The Search qui avaient été signés auparavant. Donc, pendant 2 ans, j’ai dit à mon agent américain que je n’étais disponible pour rien ! Je ne sais pas si j’ai envie de faire carrière à Hollywood mais je lis des scénarii et Michel va réaliser un film américain dont je ferai peut-être partie. D’ici là, je vais tourner en janvier dans un film indépendant avec Tim Roth et Robert Pattison, « L’enfance d’un chef » de Brady Corbet. J’ai adoré l’histoire – la relation d’une mère avec son fils qui sombrent dans la violence, l’autoritarisme, la méchanceté- et je ne fais donc pas un film américain pour faire un film américain. Il me correspond. Sinon, je rêve bien sur de tourner avec beaucoup de réalisateurs et d’acteurs américains. C’est aussi un cinéma qui dispose de moyens de malade qui permettent de réaliser des choses insensées.

Apres The Artist, avec Le Passé et The Search, on est dans l’anti glamour total !
C’est sur ! Je ne suis pas maquillée et je ne porte pas de beaux vêtements ! Mais ce n’est pas une volonté de ma part de prendre le contre-pied de The Artist. A présent, j’aimerai montrer autre chose de moi en tournant une comédie.

Vous avez également un côté « girl next door », la voisine abordable. Vous le cultivez ?
(Rires) C’est vrai, vous avez raison ! Avec les médias, je ne veux pas mettre trop de distance car rencontrer les journalistes fait partie du travail. Je ne vais pas commencer à dire que l’interview dure 7 minutes et que je ne veux pas de questions sur tels et tel sujets. Ensuite, faire rêver c’est dans les avant-premières, les red carpet, les photos. C’est justement parce que j’ai cette image de Girl Next Door qu’il est important de montrer que je suis aussi glamour, d’insuffler autre chose. En même temps, quand je signe des autographes, je parle avec le public. C’est ma nature, j’aime les gens, je vais vers eux. Je pense qu’il faut être « glamour accessible » ! C’est aussi ca qui fait de vous une actrice populaire et je suis fier que des réalisateurs populaires continuent de m’appeler. Moi les Ch’tis j’adore et je trouve formidable que cela fasse 20 millions d’entrée !

Étonnamment, vous qui êtes une star et aimez le glamour, vous n’êtes l’égérie d’aucune marque de luxe. Pourquoi avez-vous refusé les propositions qui vous ont forcément été faites ?
Parcequ’après The Artist, alors que le public me découvrait réellement, j’ai voulu rester libre et différente. Je n’avais pas envie d’appartenir à une marque. Je ne suis pas tellement fashion-addict et je préfère mettre ce que je veux : c’est Bérénice qui porte un vêtement, ce n’est pas quelqu’un qui me fait porter un vêtement ! (Rires) Mais je reconnais que ce type de contrat offre une liberté financière qui permet à une actrice ou un acteur de choisir ses films et de ne pas accepter de tourner dans n’importe quoi. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance ces 3 dernières années dans les propositions qui m’ont été faites. On verra demain si j’ai besoin de contrats publicitaires pour conserver ma liberté de choix. Je ne suis pas fermé mais il faut venir tout doucement…

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Vous avez tout de même des chouchous dans la mode ?
Je connais Monsieur Elie Saab depuis 15 ans et je porte souvent ses créations que j’adore. J’aime aussi Alexis Mabille, Valentino, Maxime Simoëns et ce sont des personnes qui m’aiment. Mais, par exemple, Elie Saab ne prend pas d’égérie. Nous avons une autre forme de « collaboration ». J’aime aussi des marques moins luxueuses mais suffisamment haut de gamme et tendance pour justement ne pas arriver à une avant-première à Lille ou à Dijon en jean-basket sans être pour autant over-dressed. Je pense à Bash, Vanessa Bruno ou Jérôme Dreyfuss. Avoir le dernier petit manteau à la mode donne une image plus glamour même pour une simple avant-première.

Beaucoup d’actrices françaises considèrent pourtant que leur travail est sur l’écran et s’arrête donc après le clap de fin…
Oui mais c’est faux car ce qui leur a donné envie de faire du cinéma, ce sont aussi les photos glamour d’actrices dans les magazines ! Regardez les photos de Marion Cottillard ou de Lea Seydoux : elles sont sublimes. Moi, je commence tout juste à faire de belles séances. L’an dernier, j’ai refusé un shooting avec Peter Lindbergh parce que Darty venait chez moi ce jour là ! (Rires) La boulette ! Je me suis fait taper sur les doigts (rires). Depuis, j’ai fait une séance avec Paolo Roversi. Une expérience de dingue. J’ai ressenti une véritable émotion de cinéma sur son plateau et en voyant le résultat j’ai pleuré ! Je veux continuer. C’est hyper important, c’est ça qui va susciter le rêve ! Et je suis fier d’offrir ça au public !

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