Sextape : souriez, vous êtes baisés !

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Dans Sextape, Cameron Diaz et Jason Segel envoient via internet, par erreur, une vidéo de leurs ébats sexuels à tout leur entourage, familial et professionnel. Panique à bord (du lit) et opération commando pour récupérer cette sextape qui risque de ruiner leur réputation, leur carrière et leur parentalité (ils ont deux enfants pour qui le Cloud n’a plus de secret !). Une fiction ? A peine. « Le phénomène se voit beaucoup chez les jeunes » indique Marie-Hélène Stauffacher, psychologue-sexologue à Genève. « Le besoin de s’exhiber et le voyeurisme ont toujours existé mais avec l’internet et les réseaux sociaux, on est passé de l’intime à l’extime où l’on montre tout à tous pour mieux exister ». Selon l’Ifop, 28% des français se seraient déjà filmés, ou seraient prêt à le faire, en train de pratiquer la brouette chinoise. 11% des 18/25 ans auraient ainsi déjà une sextape cachée dans l’Enfer de leur ordinateur. Sur YouPorn, la catégorie amateur affiche plus de 52 000 vidéos « homemade » contre 22 000 à la rubrique « gros seins ». Et 47% de ces néo-hardeuses et hardeurs avouent aimer reproduire les positions vues dans les films X.
« L’idée de se savoir filmé et de se prendre pour des acteurs X nous excite beaucoup » raconte Marie et Alain, trentenaires de Lausanne qui ont tourné 3 sextapes ces 4 dernières années. « Il y a ensuite le plaisir de les visionner ensemble même si Marie se limite à une fois. Moi, je les regarde de temps en temps quand je suis seul ». Le couple reconnait un effet de mode initié par YouPorn et par Jacquie et Michel, site français le plus visité avec deux millions de vues en moyenne par video ! « A ce jour, nos vidéos restent privées » confie Alain « mais réaliser et diffuser un film où nous serions masqués m’exciterait énormément. Ma femme refuse. Pour l’instant… ». Selon Marie-Hélène Stauffacher, les sextape plaisent particulièrement aux hommes, plus « visuels » que les femmes. Le mâle apprécie également de « découper » sa compagne en tranches sexuelles, parties par parties, pratiques par pratiques, tandis que celle-ci est plus excitée par une vision plus « globale » de l’acte. « Il faut aussi souligner un effet pervers des sextape au sein du couple : elles font naître de vrais complexes, particulièrement chez les hommes. Beaucoup de jeunes adultes consultent pour une verge qu’ils estiment trop petite. Les femmes, elles, envisagent la chirurgie esthétique des petites lèvres pour avoir le même sexe que les actrices X. Cela devient un vrai problème » affirme la sexologue.

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A Genève, Sophie et Marc, 40 et 38 ans, assouvissaient leurs fantasmes en photos jusqu’à l’irruption de la vidéo pour sur les smartphones. « Pas de matériel compliqué, pas de connaissance techniques, il suffit d’appuyer sur le bouton pour se fabriquer des souvenirs sympas » sourient le couple, attiré depuis toujours par les pratiques « un peu différentes ». Pourtant la mésaventure de Cameron Diaz et Jason Segel les inquiète quelque peu. « Nous prenons clairement un risque » reconnaissent-ils « Ca jaserait pas mal si nos vidéos étaient rendues publiques et que nous étions reconnus. Mais la peur participe de l’excitation ! ». Même frisson dans le dos chez Marie et Alain : « les conséquences professionnelles et familiales seraient catastrophiques. Notre grande peur c’est le vol de l’ordinateur portable de la maison. Il contient un disque dur personnel et verrouillé avec nos vidéos. Mais même si tout cela frise l’inconscience, personne ne résiste : l’interdit et le risque font partie du plaisir ». Un orgasme qui risque d’être tout différent si, à la faveur d’une séparation houleuse, l’un des partenaires se vengent en diffusant un film compromettant sur la Toile…

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A Paris, Edouard Fillias et Alexandre Villeneuve, auteur de l’E-réputation (Ellipse) et patron de la société JIN, tirent toutefois la sonnette d’alarme. « Le phénomène est en train de se généraliser et la frontière entre le privé et le public est définitivement brouillée » expliquent-ils. « La question centrale est celle du paramétrage de sécurité des lieux (cloud, dropbox, sites, réseaux sociaux etc) où les gens déposent leurs vidéos intimes. Ceux-ci sont assez faciles à hacker car les gens utilisent toujours les mêmes mots de passe, à base de date de naissance ou de prénoms des enfants. Le grand public ne maîtrise pas les techniques de sécurité et n’a de plus pas conscience qu’une image ou une vidéo restera pour toujours sur internet. Même dans 300 ans, leur filmographie sera toujours disponible ! Il existe bien des moyens afin de supprimer une vidéo compromettantes (veille internet, demande de suppressions de contenus etc) mais cela coûtent très cher et n’est pas abordables pour un particulier lambda. Autrement dit, le stockage et la protection des données vraiment privées vont devenir un sport de riches ! C’est exactement la même chose qu’avec la nourriture : il y a ceux qui ont l’éducation, la volonté et les moyens de manger bio et les autres qui se contentent de la junk-food ! ».
Pour tenter d’échapper à cette nouvelle lutte des classes sexuelles, Marie-Hélène Stauffacher juge urgent de remettre la sexualité dans la sphère privée et d’éduquer les jeunes. « Jouer avec des moyens techniques modernes, très bien, mais cela ne doit pas être diffusé. Il faut réapprendre les limites. De plus, le désir nait aussi de ce qui est caché et qu’on rêve d’avoir. Rencontrer quelqu’un dont on peut immédiatement voir sur internet une sextape avec un ancien partenaire n’est ni séduisant ni excitant… »

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