Oliviero Toscani : L’oeil libre

67839019_13899093C’est à La Hune-YellowKorner, l’emblématique librairie du Saint-Germain-des-Prés littéraire, qu’Oliviero Toscani a présenté, mi-novembre, Oliviero Toscani, Plus de 50 ans de provocation (éditions Marabout), recueil de son travail photographique. A 73 ans, on ne présente plus Toscani qui, de 1982 à 2000, devint encore plus célèbre que la marque, Benetton, pour laquelle il réalisa de multiples campagnes publicitaires : nonne embrassant un homme d’église, malade du sida sur son lit d’hôpital entouré de ses proches, série antiracisme sur le thème United Colors of Benetton. Plus tard, viendra l’affiche du film Amen de Costa-Gavras où la croix catholique est détournée en croix gammée. Ou encore, une campagne publicitaire contre l’anorexie où une jeune malade pose, nue. A chaque fois, le scandale est immense…  » La provocation ? C’est le prix de l’art ! » explique Oliviero Toscani « L’art doit provoquer l’intérêt, susciter une nouvelle façon de voir les choses, pousser le public à se remettre en question ».
Olivier-Toscani-J-aurais-du-aller-plus-loin_article_landscape_pm_v8Car la provocation selon le maître Italien n’a évidemment rien à voir avec la provocation marketing d’une starlette pop dévoilant un téton sur son Instagram. Toscani est un témoin de son temps et il aborde, à travers ses photos, les problèmes de son époque. « Oliviero a toujours eu un point de vue révolutionnaire et refusé le statu quo. Il était le pont entre les rêves anarchiques de sa génération et les défilés de mode. Toscani, photo-reporter du changement à travers la fiction de la photographie de mode », écrit Tommaso Basilio avec qui Toscani a beaucoup travaillé chez Vogue. « Oui, j’ai toujours préféré le sourire de Marylin et le rock au sourire de la Joconde et à la musique classique » répond cette espèce de punk de la photo prêt à recommencer. « En mieux encore ! J’ai toujours travaillé comme je l’entendais, je ne me suis jamais adapté ni fait de compromis. Il faut continuer à aller contre les choses établies et faire ce que l’on pense qu’il n’est pas permis de faire ». Et tant pis si l’époque est sage. Que ce soit sur la religion, le racisme ou la guerre, Toscani ne jure que par le « politiquement incorrect ». « L’époque est sage car les gens sont devenus très paresseux » explique celui qui posait, photographiquement, les problèmes de l’époque.  » Aujourd’hui, on a peur de tout, de ne pas bien paraitre. Il existe désormais une recherche constante du consensus et cela produit la médiocrité. On accepte cette médiocrité uniquement pour ne pas avoir de problèmes. On fait dans la facilité, on suit la mode, la tendance. C’est ça la paresse intellectuelle ». Si, en 2011, il critiqua la campagne UNHATE de Benetton, présentant des chefs d’État en train de s’embrasser sur la bouche, ce n’est pas parce qu’il n’en était pas l’auteur. « C’était facile : c’était un photo-montage » s’exclame-t-il « Moi je l’aurai fait en vrai ! Il faut faire Obama et Poutine qui s’embrasse sur la bouche. Ca, ça serait une provocation porteuse d’espoir ! Ca, c’est ce que doit faire un artiste ».
De l’amour, il en sera encore question les 18 et 19 mars prochain, toujours à La Hune, espace culturel mi-galerie mi-librairie depuis son rachat en juin dernier par YellowKorner, la maison d’édition française de photographies d’art fondée par Alexandre de Metz et Paul-Antoine Briat. « Je vais photographier l’Union de deux êtres » s’enthousiasme Toscani.  » Pas besoin d’aller chez le prêtre pour se marier, venez chez le photographe. Dans la tenue que vous voulez (hippie, indienne, nue, en costume louis XIV etc). Je célébrerai la liberté de l’union aussi bien de personnalités que d’anonymes et j’en tirerai une expositions qui fera le tour du monde ». Photographier l’amour et l’union ? Par les temps qui courent, effectivement, une provocation de plus…

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Laurent Dordet Comment remonter La Montre Hermès ?

i_3276_1_850Marque discrète et icone de l’élégance, Hermès communique rarement, publicitairement ou institutionnellement. L’interview qu’accorde Laurent Dordet, six mois après sa nomination à la direction générale de La Montre Hermès, est précieuse. Car si la griffe est un symbole du luxe dans la maroquinerie et la soierie, son investissement dans la haute-horlogerie demeure un peu moins connu. Bien sur, depuis l’Ermeto en 1928 et en passant par l’Etrier, la Kelly, la Cap Cod ou la Dressage, La Montre Hermès, installée depuis 1978 à Bienne, en Suisse, s’est imposée comme une marque de haute horlogerie à part entière. Mais une nouvelle page s’écrit désormais avec un objectif clair : renouer, en dépit de la crise, avec la croissance et refaire de La Montre Hermès un véritable moteur pour la marque. Telle est la mission de Laurent Dordet, 46 ans, directeur général jusqu’à présent d’Hermès Maroquinerie Sellerie et qui a succédé à Luc Perramond. Premiers événements en cet automne 2015 : la sortie très attendue de la collection Slim et une étonnante collaboration avec Apple sur sa fameuse Apple Watch. Preuve, si besoin était, de la créativité, du savoir-faire et de l’audace de la griffe. Des atouts qui devraient bientôt remonter La Montre Hermès au niveau de ses prestigieux concurrents.

Votre nomination à la tête de La Montre Hermès a surpris : les observateurs attendaient un homme venant de l’horlogerie et pas du cuir. Pourquoi ce choix ?
Avant de venir du cuir Hermès, je viens d’Hermès tout court ! En 20 ans, je suis passé à différents postes de management dans différents métiers : la soie, le textile, la maroquinerie. La volonté d’Hermès était justement de trouver un lien de fonctionnement plus fort entre le groupe Hermès et sa filiale Horlogerie. La compétence horlogère existant déjà au sein de La Montre Hermès, l’idée était de nommer quelqu’un qui connaisse bien lelaurent-dordet-ceo-la-montre-hermes-johannsauty2_0 groupe. Hermès est très intégré, très verticalisé. Pour la réussite d’un métier, il est important de connaitre tous les rouages du groupe, de l’amont à l’aval, de l’approvisionnement matières aux magasins du monde entier. D’autant plus que notre réseau de distribution est externe pour un tiers et que donc les 2/3 de l’activité se font dans nos propres magasins. Bienne et les boutiques Hermès doivent être extrêmement proches et la distance opérationnelle entre la suisse et tout ce qui se passe sur le point de vente réduite. Le retail ne peut être efficace que s’il a été pensé en amont.

Plus largement, quel est votre projet stratégique? La Montre Hermes ne représente en effet qu’à peine 4% du Chiffres d’affaires du groupe pour 50 à 100 000 montres écoulées.
Nous avons connus des années formidable de 2010 à 2012, avec l’explosion du luxe, de la haute-horlogerie en général et de La Montre Hermès en particulier. Depuis 3 ans, c’est beaucoup plus difficile. L’un de mes paris, c’est que l’horlogerie redevienne un vrai relais de croissance pour Hermès, ce qui est moins le cas depuis 3 ans. Mon but est de retrouver une croissance dynamique et pérenne, aussi bien sur l’horlogerie féminine, où Hermès est reconnu depuis longtemps, que sur l’horlogerie masculine, plus récente et donc moins connue.

Comment comptez-vous y parvenir ?
Par le rapprochement avec Bienne, nous en avons parlé, et en poursuivant l’intégration. Si l’horlogerie Hermès date de 1920 c’est en 1978, quand Hermès s’est installé en Suisse pour se rapprocher du lieu de savoir-faire, qu’est née La Montre Hermès. Pendant 25 ans, nous y avons conçu, développé et fait fabriquer nos montres. L’horlogerie fut alors un très fort moteur de croissance pour Hermès. A partir de 2005 s’est ouvert un nouveau chapitre avec l’ambition de maitriser le métier en profondeur, du mouvement au cadran en passant par la boite. C’est l’histoire des 15 dernières années avec l’investissement dans Vaucher Manufacture à Fleurier (mouvements), et les rachats de Natéber à la Chaux-de-fond (cadrans) et Joseph Erard au Noirmont (boites), sans oublier la création de l’atelier bracelet. L’authenticité de la démarche d’Hermès a alors été reconnue et l’effort a porté sur les lignes masculines. Cette montée en gamme va se poursuivre en mettant ces savoir-faire au service de l’identité Hermès. Enfin, le retour à la croissance passe par de nouveaux produits tels que la montre Slim sortie cet automne.

A qui l’on promet un beau succès apparemment…
Notre 5eme collection dans l’horlogerie masculine a en effet été très bien accueillie pour plusieurs raisons. La Slim est une montre très fine, élégante, simple, classique mais contemporaine dans son graphisme et ses détails. Elle bénéficie de notre 3eme calibre développé avec Vaucher, le nouveau H1950 qui est extra-plat. Nous proposons aussi une originalité technique avec un deuxième fuseau sur la grande complication qu’est le quantième perpétuel. C’est rare voire inédit sur de l’extra plat. Nous avons été salués pour l’esthétique et la technique de la montre avec 3 modèles Slim présélectionnés au Grand Prix de l’horlogerie de Genève (sur 4), ce qui est une première pour nous. Enfin, le prix de la Slim a représenté une bonne surprise : 5650€ pour la version acier, un peu plus pour l’or. Nous fondons donc beaucoup d’espoir sur cette collection qui marque aussi notre volonté de redévelopper la création féminine puisque nous proposons également des Slim au féminin.

L’autre événement de cet automne, c’est votre étonnante collaboration avec Apple sur l’AppleWatch. Un superbe coup !
Il existe de longue date une forte admiration mutuelle entre nos deux marques. Chacun a amené sa légitimité dans son domaine, Apple dans l’objet connecté, nous dans les bracelets en cuir. C’est une belle histoire entre deux maisons d’excellence pour un objet contemporain en mouvement. Cela prouve qu’Hermès est capable d’aller dans d’autres territoires où on ne l’attend pas forcement.

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Est-il vrai que l’AppleWatch reprend certains de vos cadrans ? C’est exceptionnel, comme si le prochain Iphone était designé par une autre marque !
L’Apple Watch comprend plusieurs cadrans. Certains d’entre eux, 3 pour être précis, reprennent des cadrans emblématiques de nos collections horlogères. Ces AppleWatch sont d’ailleurs signé Hermès.

Je ne vous demande donc pas si vous croyez en la montre connectée, la réponse est là ?
La montre connectée est un objet profondément différent de la montre horlogère classique. Les deux sont complémentaires. Si elle redonne envie aux jeunes de porter une montre, c’est formidable. Est ce que ca va nous mettre en danger ? Dans notre gamme de prix, je ne crois pas. Mais la montre connectée va s’imposer et il faudrait être fou pour ne pas s’y intéresser. Quelle sera la suite ? On en est qu’au début des objets connectés. Ce qui est sur c’est qu’Hermès ne se perdra pas dans le gadget. Soit nous avons quelque chose a apporter -notre savoir-faire sur le cuir et notre élégance dans le cas de l’AppleWatch-, soit nous n’avons rien de différent a apporter et nous n’irons pas !

Quelle est votre analyse du marché mondial en cette fin 2015 ?
Le marché n’est profondément pas bon. C’est un peu mieux qu’en 2014 mais le marché pas stabilisé. Il est tres stocké et on constate un tres gros ralentissement en Asie et notamment en Chine. De plus, cette année, d’énormes mouvements de devises se sont produits. Ce qui fait qu’en 2015, l’eldorado c’est le japon ! C’est le pays le moins cher de la zone depuis 25 ans. L’Europe performe également tres fort grâce a la chute de l’euro et à la reprise du tourisme qu’il a entraîné. Aussi, globalement, Les Montres Hermès sont en légère croissance en retail mais en négatif à cause du réseau externe. En effet, beaucoup de marques y ont consentis des discount massifs ce que nous refusons de faire car nous ne voulons pas détruire notre marque. Nous ne la bradons pas et donc nous souffrons. Mais si l’environnement économique est morose, La Montre Hermes a énormément d’atouts, de force, et beaucoup de leviers créatifs et tactiques, pour retrouver le chemin de la croissance. Ce ne sera pas immédiat mais je suis optimiste à moyen terme.

Christian Lacroix : « La mode est peut-être devenue un spectacle que l’on ne consomme pas »

christian_lacroix_ret.1d408aa7Pour sa première saison a la tète de la Comédie Française, Eric Ruf mettra lui même en scène un Romeo et Juliette dont vous réalisez les costumes. Vous aviez déjà créé les costumes de cette même pièce pour l’Opéra Comique en 1989. Quelle est la différence cette fois ci ?
Le Roméo et Juliette de l’opéra comique était un opéra contemporain de Pascal Dusapin mis en scène par Ludovic Lagarde. il a été effectivement créé en 1989 à Montpellier, mais je n’en ai fait les costumes qu’à la reprise de Favart en 2008. Rien à voir avec shakespeare ou si peu. Le propos de dusapin, olivier cadiot, auteur du livret et ludovic était tout autre. Rien à voir non plus avec éric ruf et l’original. Reprendre quoi que ce soit d’une production pour une autre, surtout s’agissant de deux metteurs en scène aussi différents n’aurait aucun intérêt et friserait même la malhonnêteté !!!
Comment avez vous travaille ? Quelle été votre inspiration ?
Lorsque je suis costumier je ne me considère pas du tout comme seul maître à bord mais bel et bien au service du spectacle, mon rôle étant de simplement illustrer l’imaginaire du metteur en scène ou du chorégraphe, que j’écoute me parler de ses intentions pendant des heures et des jours avant de leur proposer, d’abord, des images, des photos, des tonnes de documentation me semblant correspondre à ce qu’ils m’ont raconté du projet. Puis on affine le tir, on choisit des directions parmi ces documents et je me mets à dessiner les maquettes définitives. Mon inspiration n’est donc que le reflet de celle d’Eric Ruf. Ce sera un Romeo et Juliette plutôt inattendu, sans velours Renaissance, ni falbalas, sans tous les atours classiques que l’on peut imaginer. Ce n’est pas tout à fait contemporain non plus. j’ai envie de vous laisser la surprise. Disons que c’est une version de la pièce où vérone serait située bien plus au sud de l’italie ou même dans les balkans, quelque part dans la première moitié du xxéme siècle. C’est un plaisir sans borne que d’être ainsi au service d’êtres aussi lumineux et inspirés/inspirants qu’Eric. Nous avions déjà travaillé ensemble sur son « peer gynt » qui reste un de mes plus beaux souvenirs de théâtre et sa confiance m’honore, m’encourage.
Vous avez déclaré : «j’ai toujours aimé reproduire des atmosphères, des époques. Depuis l’âge de 7 ans, je peux dire que je saisis les occasions de remonter le temps. Une légère pathologie…  » Dessiner des costumes c’est donc renouer avec votre enfance ?
Pas seulement renouer avec l’enfance mais la prolonger, être digne de l’enfant que j’ai été en tenant la promesse qu’il s’était faite, en réalisant son projet qui n’était alors qu’un fantasme. Mais lorsqu’on a une passion aussi irrépressible ainsi chevillée aux tripes, si profondément, elle ne peut qu’advenir. C’est une grande chance je trouve, pour un adulte, un grand bonheur, un privilège même, que de pouvoir se retourner vers celui que l’on a été cinquante ou soixante ans auparavant et pouvoir le regarder dans les yeux sans avoir trahi ses rêves.

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Tara Jarmon : Next Generation

portrait-de-tara-jarmon_5317303Voilà longtemps que l’on n’avait pris des nouvelles de Tara Jarmon. Et comme de son côté la marque affichait une certaine discrétion, on se demandait ce qui se tramait chez l’une des marques parisiennes préférées des fashionitas. « Nous avons simplement privilégié les ouvertures de boutiques, passant de 30 à 50 ces cinq dernières années » sourit une Tara Jarmon rayonnante, sur qui le temps glisse. « Après l’explosion de la marque, ce furent des années de consolidation et de développement qui ont mobilisé beaucoup de nos moyens. Du coup, nous avons été plus discrets, c’est vrai, et je le regrette. Mais aujourd’hui nous réinvestissons le champs médiatique et nous communiquons à nouveau ». Il est vrai que la dernière fois que la griffe fit le buzz fut en 2013 quand Kate Middleton, alors enceinte de « royal Georges » arbora un ravissant manteau estival au coloris pêche signé Tara Jarmon. Toutes les boutiques britanniques de la marque furent prises d’assaut des le lendemain !
A l’orée de ses 30 ans, la silhouette Tara Jarmon n’a donc rien perdu de son pouvoir de séduction et progressé pour atteindre aujourd’hui un palier. « Nous sommes stables et c’est maintenant qu’il nous faut grandir » dévoile la créatrice. « Nous sommes toujours une entreprise familiale et indépendante et nous pouvons continuer ainsi, à ouvrir deux ou trois boutiques par an. Mais cela ne sera pas assez pour continuer à se développer. Nous avons besoin de l’énergie et de l’investissement d’un partenaire. Apres tout dépend de qui et de comment. Nous savons qui nous sommes et nous voulons le rester : un luxe accessible qui s’adresse à des femmes actives, pleine d’énergie et de joie, amoureuses de pièces sophistiquées, raffinées et sensibles à la beauté des coupes, aux détails recherchés, et aux matières douces et soyeuses. Je ne veux donc pas d’un groupe financier qui ne raisonnera qu’en termes de rentabilité financière en délocalisant par exemple notre atelier de modélistes qui est ici, à Paris, et pas en Chine ! ».
L’autre défi pour Tara Jarmon est de conquérir une nouvelle génération de jeunes femmes. « Nos clientes qui avaient 25 ans au démarrage de la marque en ont 30 de plus aujourd’hui. Et si nous voulons les conserver, il nous faut aussi gagner le cœur de leurs filles, de la nouvelle génération. C’est cela le plus difficile en fait pour une marque : durer dans le temps ! » explique Tara Jarmon. Sa fille, Camille, 25 ans, a ainsi intégré l’entreprise, tout comme son frère Zachary. L’équipe Style a vu l’arrivée de jeunes stylistes porteurs, tout en respectant l’ADN de Tara Jarmon, de nouvelles idées. Enfin, un véritable service communication de 4 personnes a été constitué. Images, visuels de campagnes pub, événement, tout est désormais gérer en interne avec une attention particulière pour le digital et les réseaux sociaux, Tara étant elle-même fan d’Instagram. « Nous savons exactement ce que nous voulons dire, à quel moment le dire et où » résume la créatrice.
Reste la vérité du terrain, celle de l’accueil de la collection automne-hiver 2015/2016 en boutique. Et de côté là, le buzz et la fréquentation sont à la hausse ! Avec une collection plus jeune, une silhouette mise en valeur par les chaussures maison et accessoirisés de bijoux également maison, Tara Jarmon réussit une évolution en douceur qui séduit toutes les générations, françaises ou étrangères. Les inspirations sont variées : l’architecture organique d’Alvar Aalto, le design scandinave, le tangram, l’assemblage, la fragmentation, le constructivisme russe de Popova, Lissitzky et Rodchenko, le ski des sixties et la silhouette seventies, dandy et victorienne. Sans oublier les circuits de courses et les voitures de collection qu’a découverte Tara Jarmon avec un enthousiasme enfantin. « J’ai assisté par hasard à un vintage car show et je suis tombé amoureuse de ces magnifiques voitures anciennes, de leur chromes, de leur couleur etc » raconte-t-elle.  » Pour cet hiver, c’est donc le rouge du cuir des automobiles des années 60 qui domine, un rouge vintage. J’adore aussi le vert olive de la MG Spitfire et j’ai fait quelques pièces dans ce coloris. Il ya aussi des imprimés autour de la vitesses et l’on certains vêtements sont inspirées des combinaison de pilote avec des zip et des tissus techniques ». L’été Tara Jarmon 2016 sera, lui, plus zen, sur le thème du… jardin !

Arnaud Tsamere : « Je suis un « amuseur »! « 

s_214806arnaud_tsamere_image_672865_article_ajust_930Humoriste, animateur télé, comédien au cinéma, au théâtre et à la télé, chroniqueur sportif et homme de radio : impossible de ranger Arnaud Tsamère dans une case. Des émissions de Laurent Ruquier (On n’est pas couché, On va s’gêner) à celle de Michel Drucker (Vivement dimanche) en passant par Une famille en or (TMC), de Nos Chers Voisins à la nouvelle saison d’Hero Corp (France 4), de Fonzy en 2013 à ses one-man-show en passant par une chronique mensuelle sur la Formule 1 dans Le Monde, Arnaud Tsamere, 40 ans, multiplie, avec bonheur, les casquettes. « Je suis effectivement compliqué à classer ! » se réjouit l’homme. « Gamin, je n’ai jamais rêvé d’être comédien. Donc, en fait, mes choix professionnels sont fonction des opportunités. Je vais là où je m’amuse et c’est vrai que je touche à beaucoup de disciplines. On va dire que je suis « Amuseur » ! »
Le parcours d’Arnaud Tsamere est pourtant, au départ, très sérieux. « J’ai suivi des études de Droit, pas tant pour faire plaisir à mes parents que comme un passage obligé pour un fils de militaire ; j’étais plus destiné a faire des études sup qu’à faire du théâtre. De plus, à l’époque, je n’avais pas l’ambition d’être comédien » raconte l’humoriste. « Mais la chance que j’ai eu fut de découvrir le théâtre via une association qui organisait des spectacles d’improvisation le soir dans les amphithéâtre de la fac. J’ai alors mis le doigt dans un engrenage artistique qui m’a conduit à la compagnie Declic Théâtre où étaient passés Djamel Debbouze ou Sophia Aram. Entre temps, j’avais arrêté mes études de droit et fait un bref passage dans une société de fournitures scolaires car le virus de la comédie m’avait gagné et que je vibrais plus pour mes activités artistiques que pour le reste. Finalement, en 2001, je me suis lancé professionnellement dans la comédie ». L’année suivante, le jeune homme est sur scène avec son premier one-man-show Réflexions profondes sur pas mal de trucs, un titre qui en dit déjà long sur l’univers absurde qu’est celui d’Arnaud Tsamere. « Oui ce terme me convient parfaitement, j’aime créer des histoires absurdes et faire rire avec » explique l’humoriste que la politique et les sujets de société ennuient. « Ma référence en humour c’est François Rollin avec qui j’ai écris deux autres spectacles, Chose Promise et Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels ». Nous sommes de la même famille d’humoristes même si je suis moins intellectuel et moins élitiste que lui. Je suis plus enfantin, plus burlesque et donc plus digest pour certains. J’ai 8 ou 9 ans dans ma tête quand j’écris un sketch car pour moi l’absurde c’est la logique de l’enfant. Quand un enfant joue seul dans sa chambre, il s’invente des histoires pas possibles. Proposer cela sur scène, dans un langage d’adulte, est l’essence de ce que j’écris ». « Pourquoi les chinois dominent-ils le tennis de table ? »se demande ainsi Arnaud Tsamere avec de présenter « L’association de défense des lapins » et de se demander « Qu’écrire dans le livre d’or ? » (à voir ou revoir sur youtube). Et si quelques producteurs ont pu, au départ, lui reprocher de ne pas être assez grand public, l’humoriste a depuis prouvé, notamment chez Laurent Ruquier, que l’absurde pouvait être populaire. Il se flatte aussi d’avoir, par défaut, lancé la carrière de Louise Bourgoin. « Omar, de Omar et Fred, m’avait repéré lors de mon premier on-ma-show et grâce a lui je suis rentré à Canal+ en 2005 à la… météo » raconte-t-il. « Mais mes prestations ont fait que Canal + est trés vite revenue à la formule de la miss météo sexy et ce fut Louise Bourgoin ! ».
Du 28 janvier au 6 février prochain, Arnaud Tsamère sera donc de retour aux Folies Bergère: avec ses Confidences. Puis il sera ensuite en tournée dans toute la France et en Belgique jusqu’en avril. Commencera alors le tournage d’un long métrage de cinéma, encore confidentiel. Puis, en 2017, il présentera une pièce de théâtre écrite en duo avec le comique Ben, De Henri IV à Henri Dès. D’ici là, la présentation d’une émission télé ou radio, un nouveau rôle, où une prestation qui amuse Arnaud Tsamène se sera peut-être présentée. Sinon, il pourra regarder sur Canal + sa femme, Margot Laffite, journaliste sportive et pilote automobile (hérédité oblige !), en s’occupant du petit garçon qu’ils ont eu début 2015.

Christelle Graillot, Talent Friendly

christelle_graillot_3995.jpeg_north_780x_whiteLe grand public ne connait pas cette charmante brune et pourtant elle est la dénicheuse de talents de Canal + depuis 11 ans. A son palmarès, et pour ne citer qu’eux : Stéphane de Groodt, Guillaume Gallienne, Kyan Khojandi, Julie Ferrier, Alex Lutz, Charlotte Le Bon, Dora Tillier,Vincent Dedienne, Camille Chamoux, Camille Cottin, Gaspard Proust etc En clair, tout ce que la chaine cryptée a révélé de talent original, drôle, iconoclaste, décalé, constitutif du fameux « esprit Canal + », c’est elle ! Gardienne du temple, voici donc Christelle Gaillot -et c’est plutôt un bon signe pour la suite- promue Vice-President de Vivendi Talent Management, structure dirigée par Simon Gillham, en charge de tous les talents du groupe, du journaliste à l’humoriste, de Canal + à Universal, en passant par C8, C17, Cnews etc. Les téléspectateurs découvrent depuis le 7 septembre ses dernières pépites : Lauren Bastide chroniqueuse au Grand Journal et Laura Domenge et Ugo Marchand, dans un nouveau format court, toujours au Grand Journal.
« Je suis un artisan » se décrit cette passionnée qui bosse 17h par jour, 7 jour sur 7 et n’a pas pris de vacances l’été dernier.  » Je suis sur le terrain tous les soirs, des plus grandes scènes au plus petites caves au fin fond de Paris. Je suis en amont même des festivals d’humour. J’hûme l’air du temps et je vais là où il y a du talent, plus ou moins connu, pour ensuite le révéler au plus grand nombre. Mon travail est vraiment du sur-mesure. J’accompagne les plus « verts », ceux qui ont encore besoin de travailler pour révéler leur potentiel. Pour les plus confirmés -Guillaume Gallienne était connu du milieu professionnel mais pas du grand public- je cherche la meilleure idée, la meilleure exposition pour qu’ils « explosent. Et dans tous les cas, je prends le temps de tisser un lien fort avec les artistes. C’est pour cela que je parle d’artisanat ». Un travail à temps plus-que-plein qu’aucune autre chaîne, trop frileuse pour propulser des inconnus à l’antenne, n’effectue. Une démarche qui a également toujours fait partie de l’ADN de Canal +.
« Si l’on peut dire que j’ai inventé mon métier, en revanche je n’ai pas créé la cellule de repérage de Canal + » raconte Christelle Graillot. « Elle existe depuis la création de la chaine en 1984 mais longtemps elle a été axé sur la recherche d’auteurs. La tête chercheuse de talents pour l’antenne c’était Alain de Greef. Les Nuls, Melle Agnes, les miss Météo, etc, c’était lui ». L’ancienne étudiante en Lettres modernes à la Sorbonne, diplômée de l’EFAP (Ecole Française des attachés de presse) débarque à Canal + en 2001, dans le sillage d’Alexandre Dubrigny, successeur d’Alain de Greef. Auparavant, elle s’était occupée durant 5 ans, de la communication de Charlie, la coiffeuse-star, chez qui défilait le monde entier. « Grâce à elle j’ai été introduite dans le milieu artistique et j’ai appris à aiguiser mon gout et à affuter mon œil » raconte-t-elle. « Je suis ensuite passée à l’agence de mannequin Metropolitan où je m’occupais du département Célébrités . Au bout de 18 mois, on m’a proposé de rejoindre Canal + à la direction de l’antenne et, de fil en aiguille, en 2004, la direction m’a proposé ce job de repérage de talents. Après une période de turbulences post-messier, il s’agissait de renouer avec cette mission de Canal + : détecter de nouveaux talents, les accompagner et les faire émerger ».
Longtemps, ce bureau demeura secret, Canal + ne souhaitant pas dévoiler l’une des recettes de son succès. Guillaume Gallienne (Les bonus de Guillaume) vendra la mèche et révélera le nom de Christelle Graillot. Sa cellule est alors submergé de dvd envoyés par tous ceux qui, convaincus de leur talent, rêvent de conquérir le Graal : une place sur la grille de Canal +. « Je regarde ce que je reçois mais je préfère la vérité de la scène » explique le nez de Canal. « C’est comme pour internet et youtube. Pour moi, les vrais talents sont sur scène, pas sur Youtube. C’est la que vous vous mettez en danger tous les soirs, devant un vrai public. Ce n’est pas la même chose que de se mettre devant son ordinateur dans sa chambre et de faire une vidéo. Même si elle est vue par 2 millions de personnes, le rapport est faussé. Le problème c’est que la génération internet veut que tout aille vite. Elle recherche une notoriété immédiate et néglige le travail d’écriture, le savoir-faire, le jeu. Résultat, quand on va les chercher pour travailler en télé, ces personnes se rendent compte qu’il faut travailler vraiment et elles fuient ! Ce n’est pas toujours le cas mais c’est la grande majorité. Le secret, c’est le travail, le talent ne suffit pas ! »
Le plus étonnant, finalement, n’est pas que Christelle Graillot ait inventé son métier. Ce qui est sidérant, c’est son taux d’échec proche de 0% ! « Cela peut paraître très arrogant de ma part, mais je ne me dis jamais que je me suis trompée ou que je suis passée à coté de quelqu’un ! » affirme fièrement la jeune femme. « Dans mon domaine d’expertise, tous les gens que j’ai mis à l’antenne ont rencontré le succès. Quand je vois quelqu’un, je « sais » ! Je peux sembler manquer d’humilité mais c’est ma réalité ». Et comme l’ambition du groupe est d’attirer le plus grand nombre d’artistes, d’être « talent friendly », Christelle Graillot et son équipe, Emilie Kindinis pour la partie Humour et Alexandre Ehrmann, pour la partie musique n’a pas fini d’écumer les plus petites scènes parisiennes.

Christine and the Queens : « Je devrais faire une psychanalyse ! »

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Si 2014 fut l’année de Stromae, 2015 est sans nul doute celle de Christine and the Queens. A quelques mois d’intervalle, la chanson francophone livre ainsi deux personnalités singulières, aux univers artistiques plus large que leur seule musique. Que Christine and the Queens, Héloïse Letissier de son vrai nom, est l’invitée de la grande interview de ce numero de Life, magazine éminemment masculin, n’est qu’une demi-surprise. A 27 ans, la nantaise s’est créé un personnage ambigu, fille en costume rêvant d’être un homme, inspiré de la liberté transgressive des dragqueens. Des « muses » qui ont révélé Christine à Héloïse et lui ont permis de laisser s’exprimer l’artiste originale et différente qui sommeillait en elle. Portés par une electro-pop léchée, les textes de Christine and the Queens sont aux antipodes de ceux, sucrés et triviaux, des stars de la pop mondiale. La danse couronne la performance scénique d’une artiste récompensée deux fois aux Victoires de la Musique (artiste feminine et video-clip de l’année) et dont 300 000 personnes ont acheté l’album Chaleur Humaine, un exploit dans ces temps de piratage massif de la musique. Rencontre avec Christine, reine de la fantaisie, à quelques jours de son concert au Festival Paleo, en Suisse.

Si je devais conseiller à quelqu’un de venir vous voir sur scène, je lui dirais que c’est véritablement là que le projet Christine and the queens -chant, danse et théâtre- prend toute sa dimension, n’est-ce pas ?
J’ai effectivement toujours vu le concert comme le moment de vérité, celui de faire vivre l’univers de Christine and the Queens dans sa totalité. C’est l’aboutissement du disque et des clips, et si le spectateur, à la fin, a le sentiment d’avoir vu un spectacle complet, alors j’ai gagné. J’aime énormément la scène pour ce coté performance, très vivante, que l’album n’a pas forcément.

Comment vivez-vous et expliquez vous le phénomène autour de vous, cette ascension fulgurante, cet engouement du public ?
Très sincèrement, je ne sais pas (sourire). Quand j’ai achevé Chaleur Humaine je n’espérais pas, par exemple, de passage radio. Je me disais qu’avec un peu de chance, l’univers et le personnage de Christine seraient compris et que j’aurai donc un petit succès qui me permettrait de faire un deuxième album. Aussi, tout ce qui se passe est très joli et me touche beaucoup car je n’ai pas fait de compromis artistique ni essayer de fabriquer des hits. Je voulais juste faire l’album dont j’avais envie.

Vous êtes une artiste en marge et pourtant vous parvenez à toucher un très large public. Plus étonnant encore, vous réussissez l’exploit, musicalement, de marier Christophe et Kanye West !

Ma musique et mes textes ne sont effectivement pas toujours immédiats, ils demandent à être apprivoisées. En même temps j’ai pensé cet album en liant des références très différentes, aussi commerciales que Michael Jackson ou pointues que certains groupes électro. Reprendre Paradis Perdus de Christophe en y ajoutant du Kanye West dans le refrain peut sembler sacrilège mais je ne trouve pas que ce soit des artistes si éloignés l’un de l’autre : ce sont des audacieux, des esthètes, des gens qui se répondent. J’ai aussi beaucoup le Gainsbourg époque Gainsbarre, la période déglinguée. Il y avait quelque chose dans Gainsbarre qui relevait de la haine de soi et que je trouve hyper poignante… Je citerai aussi Bashung dans mes références. Les français que j’aime sont des gens qui ne sont pas dans des cases, ils sont libres. Ces références sont populaires. Le personnage de Christine suscite également beaucoup d’empathie, les gens se projettent en elle et me le disent après les concerts. Enfin, la danse aide aussi à rendre le projet accessible. Reste quelque chose de mystérieux dans le succès, quelque chose qui nous échappe, qu’on ne maitrise pas et c’est tant mieux. Ainsi, il n’existe pas de « recette » du succès.

Christine

En revanche, vous maîtrisez parfaitement votre image avec notamment des clips particulièrement originaux et soignés.

L’image est hyper importante aujourd’hui, particulièrement dans la pop. Mais c’est quelque chose qui m’a toujours travaillé. A 18 ans je rêvais de mise en scène, j’étais déjà dans le travail de l’image, de l’esthétique. Je participe à la direction artistique de mes clips et ca m’enthousiasme. J’ai des idées très précises de ce que je veux. L’image, c’est une autre façon de raconter une histoire. Je ne suis par armé techniquement pour le faire mais j’aimerai réaliser un jour.

Ce succès il vous porte mais est-ce qu’il vous angoisse aussi ? Avez vous peur que tout s’arrête ?

Forcement. Le succès n’est jamais acquis. Mais pour l’instant il n’est pas vraiment angoissant car je le vis et le savoure pleinement. Je suis d’un naturel plutôt pessimiste donc j’essaie d’en profiter le plus possible et d’oser des choses plus audacieuses pour le second album. De toute façon, être obsédé par l’idée de réitérer un tel succès est a mon avis la meilleure manière de se rater.

Votre histoire c’est d’abord celle d’une transformation, thème important dans votre travail. En 2010, Héloïse Letissier sage élève à Normale Sup Lyon, devient Christine, pop star transgressive, à l’issue de « vacances dépressives », pour reprendre vos termes, à Londres. Racontez nous ce tournant de votre vie…

Comme beaucoup d’autres gens, j’ai traversé une crise existentielle. A l’époque, rien n’allait dans ma vie : terrible déception amoureuse, j’en passe et des meilleures encore. Bref, je suis alors partie en vacances à Londres, une ville où j’ai toujours ressentie une énergie qui me faisait du bien. Je cherchais aussi probablement, à provoquer, à trouver quelque chose. Et là, un soir, je fais une rencontre capitale : les dragqueens du cabaret Madame Jojo’s. Sans cela je ne me serai jamais mise à chanter. Il s’est produit quelque chose de l’ordre de la désinhibition et j’ai accepté que mon envie première n’était pas de continuer à étudier mais de créer. J’avais un parcours littéraire mais jamais loin de la création avec des études de théâtre et de mise en scène. En fait, je tournais autour du pot ! J’avais très envie d’être artiste mais je ne me l’autorisais pas, peut être parce que je ne m’en sentais pas capable. Rencontrer les performers que sont les dragqueens a été un déclic. Elles m’ont montré qu’on pouvait être soi et j’ai réussi à me détacher du regard des autres et a enfin m’exprimer moi même.

Votre milieu familial, votre éducation ou les attentes placées en vous vous bloquait jusque-là ?
Pas du tout ! Ce qui est très curieux c’est que mes parents avaient compris mon désir intérieur bien avant moi. Bizarrement, c’est moi qui ne m’autorisais pas à être ce que je suis. Très jeune, j’écrivais des pièces de théâtre et des nouvelles et ma mère avait compris que je voulais être dans la création, dans l’écriture, dans la rêverie. Mes parents étaient donc tres contents quand j’ai commencé à chanter. J’avais repris des couleurs en me trouvant ! Avant, j’étais dans une démarche de perfection un peu morbide. Je n’ai pas fait de psychanalyse mais je devrais pour comprendre tout ca !

Vous inventez alors Christine, un personnage qui ne se laisse pas enfermer dans un genre, masculin ou féminin. Quelle est son identité ?
Christine est la traduction concrète de l’une de mes obsessions : le genre. J’ai toujours été intéressé par la question du genre au sens où, pour moi, très jeune, j’ai pensé que c’était une construction sociale. Je n’ai jamais eu un rapport évident à mon genre a moi. Je sais que je suis une fille mais cela ne m’a jamais semblé évident de savoir ce que c’était que d’être une fille, comment être une fille et pourquoi être une fille. Je regardais beaucoup la façon dont les gens se comportaient en société. Par exemple, j’ai toujours été intrigué par le fait que les garçons prennent une grosse voix virile pour parler au téléphone ! Toutes ces petites façons d’exister, ces codes, masculins ou féminins, que les travestis savent reprendre dans une subversion totale. Davis Bowie et Michael Jackson aussi, en étant dans des parodies du genre. Cela en faisait des extraterrestres aux yeux du monde. Mon personnage de Christine est ainsi, en suspension. Je ne suis pas androgyne dans le sens ou je reste une fille mais je joue aussi au garçon.

La chanson It, qui ouvre l’album sur ce thème, est bien le manifeste de Christine and the Queens ?
It pose le décor, le personnage et une certaine problématique : celle de pouvoir échapper a soi-même. La chanson est un dialogue entre moi, qui ne cesse de répéter « je suis un mec », et les chœurs qui me répondent que je suis une menteuse. Christine est un personnage un peu maladroit qui n’est jamais dans la réalisation totale de soi. C’est un personnage qui peut tomber, ne pas tenir jusqu’au bout sa promesse.

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Vous avez déclaré ne jamais vouloir être maman. Et être papa ?
C’est intéressant (rires) Non je suis désolé, je sais que c’est mal vu par la société, mais non toujours pas. Je suis angoisse par l’idée d’avoir des enfants, même si je trouve ca très beau. On verra bien…

Votre combat, c’est la tolérance et l’acceptation de la différence ?
C’est le fil rouge du projet et de moi-même. D’ailleurs, je me pose de plus en plus de questions sur la notion d’artiste engagé. Je ne me vois pas vivre déconnecté de la réalité. Ca fait partie de moi, de mon travail.

Comment va évoluer Christine pour le 2eme album ?
Je suis en train d’écrire les chansons et je sais ou je veux emmener le personnage. C’est encore un peu tôt pour en parler mais l’objectif est de faire un album plus pêchu, plus funky, plus libidineux. Je trouve Chaleur humaine très beau. C’est un disque d’adolescence, il a une douceur qui m’a presque surprise. Je ne pensais pas être si douce.

Effectivement vous avez déclaré :“Je crois que si je ne faisais pas un truc artistique, j’irais casser la gueule à des gens.” Violente Christine ?                                                                                    (rires) Ce que je voulais dire c’est qu’il y a quelque chose d’assez viscérale en moi qui a besoin de s’exprimer, de s’extérioriser. Quand je ne donne pas de concert, quand je n’écris pas, je ne suis pas bien. C’est vital pour moi et donc violent dans ce sens la.

Verra-t-on un jour les Queens sur scène avec vous ?
Ce serait fortiche ! Madame JoJo’s a fermé mais nous sommes toujours en contact avec les filles alors je ne sais pas. Mais si elles montent sur scène j’ai peur que plus personne ne me regarde tellement elles sont charismatiques! (rires)

Finalement votre travail apparait tellement parfait et intelligent qu’on se demande où est la faille ?
Mais j’en ai plein !(rires) Je pense que ma plus grande qualité est aussi une faille possible : cette envie de trop vouloir me dépasser. Cette envie de perfection, à un moment de ma vie, m’a carrément brisée. Christine est un personnage qui m’aide sur ce point. Elle ramène du désordre. Sans elle j’aurai par exemple envie de ne jamais déplaire a personne et je pourrai donc me censurer, ne pas faire de vague. Avec Christine j’ai trouvé une technique pour rester audacieuse et courageuse. C’est un dialogue permanent entre elle et moi.

Un peu schizo tout ca non ?
(rires) Carrément !

Philippe Latil pour Life

Bérénice Bejot : « je veux faire rêver le public »

Berenice Bejo Wallpapers @ go4celebrity.com
Elle est l’une de nos rares actrices à pouvoir incarner le glamour du cinéma. Petite, Bérénice Bejot rêvait devant les photos de stars hollywoodiennes dans les magazines. Son talent l’a propulsé jusqu’à Hollywood où, avec The Artist, elle a pu laisser s’exprimer son envie de faire, à son tour, rêver le public. Césarisée (The Artist) et palmée (prix d’interprétation féminine au festival de Cannes pour Le Passé), elle s’apprête à tourner avec Robert Pattison en janvier prochain. Mais avant, Bérénice Bejot monte au créneau pour The Search, le premier film post-The Artist de Michel Hazanavicius, son compagnon à la scène et à la ville. Un film dur, qui interpelle, et où le glamour n’a pas place. Raison de plus pour justement en parler également avec une actrice populaire, glamour mais accessible !

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Pourquoi ce choix gonflé et courageux d’un film sur la seconde guerre de Tchétchénie, conflit qui date de 14 ans et n’a guère mobilisé les foules à l’époque ?
C’est un sujet qui tenait à cœur à Michel Hazanavicius depuis longtemps. Il est très inquiet de ce qui se passe dans le monde. Avec le succès de The Artist, il avait la possibilité de tourner ce qu’il voulait mais il s’est dit qu’il fallait profiter de ce moment où tout lui était possible. Car honnêtement mettre 20M€ sur un film comme The Search, c’est compliqué ! Je trouve formidable d’utiliser son pouvoir d’artiste pour faire The Search. C’est une guerre qui ne nous concerne pas, nous n’avons pas d’amis tchétchène, c’est une guerre lointaine et c’est un film sur les massacres de musulmans et Michel est juif.

Apres un succès avec un film léger comme The Artist, fallait-il montrer sa capacité à faire du « sérieux » ?
Pas du tout ! Michel ne calcule pas, il fonctionne selon ses envies, pas en fonction d’un plan marketing. Le sujet est important. C’est une guerre qui date de 14 ans mais qui continue en Syrie ou en Ukraine. C’est une guerre « générique » en fait. Il n’y a d’ailleurs dans le film aucune explication sur les tenants et les aboutissants du conflit Tchétchène. Michel voulait parler d’une guerre contemporaine, de sa peur, et rappeler qu’aujourd’hui c’est 90% de civils qui meurent alors qu’auparavant c’était 90% de militaires. Le film parle donc des gens à travers 4 destins et c’est en cela que c’est un film populaire.

Qui ne provoquera toutefois pas le raz de marée de The Artist. Le film a d’ailleurs reçu un accueil mitigé de la part de la critique à Cannes. Difficile après avoir été si encensés ?
Oui bien sur. Mais ce ne sont que les critiques. Nous avons eu 15 minutes de standing ovation lors de la séance publique à laquelle assistaient 3 000 personnes et il n’y a eu que deux standing ovation à Cannes cette année ! Maintenant, on ne s’attend pas à un raz de marée en salle. L’idée c’est d’ouvrir un dialogue sur un sujet qui nous semble grave, pas de décrocher des médailles.

Le film résonne aussi avec votre histoire personnelle puisque vos parents ont fuis la dictature argentine ?
L’oppression, le déracinement, je connais. Le film parle de résilience, d’un enfant qui, malgré l’assassinat de ces parents, va s’en sortir. Je n’ai pas connu cela mais mes parents ont pris leurs affaires, dit au revoir à leurs carrières, leurs familles et ont débarqué en France sans parler un mot de la langue. Ils se sont reconstruits ici. J’ai grandi dans une famille très ouverte au monde, au cinéma, aux expositions, à la musique, au théâtre. C’était leur réponse : bouffer la vie ! Et moi, je n’ai jamais voulu faire autre chose que comédienne. Très tôt, je me suis inscrite au theatre.

Si Meilleur Espoir Féminin vous a révélé en 2000, c’est avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, six ans plus tard, que vous explosez. Un film important donc mais aussi un rôle de poupée sixties, sexy et glamour, qui n’est pas un hasard…
Oui car je me glisse finalement dans la peau de l’une de ces héroïnes de cinéma que j’admire depuis mon enfance et j’y prends énormément de plaisir ! Mes références à 20 ans, c’étaient les actrices hitchcockiennes, les films américains d’avant 60, pas mal d’italiens aussi. C’étaient Audrey Hepburn , Marylin Monroe, Ingrid Bergman, Paulette Godard, Joan Croawford. Le glamour Old School !

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Un glamour qui faisait rêver et qui ne subsiste plus qu’à Hollywood à l’occasion de cérémonies comme les Oscars ?
Qu’entend-on aujourd’hui ? Que nous sommes toutes « normales », particulièrement les françaises. Mais ce que l’on ne comprend pas ici c’est que les américaines font 60 Red Carpet par an ! Nous un seul tapis rouge, aux Césars ! On ne peut donc pas comparer. Quand une actrice française arrive, elle est paumée. La plupart ne savent ni marcher ni poser, elles sont un peu gauches, elles essaient des trucs mais elles ne se connaissent pas bien car une robe red carpet elles en portent une seule fois dans l’année ! Les américaines, dés septembre, enchainent 50 festivals avant les Oscars. Quand elles y arrivent, elles ont essayé 200 robes, posé devant des milliers de photographes, elles se sont vues en photos, ont distingué quelles poses les mettent en valeur et elles savent ce qui leur va. De plus, elles ont des stylistes qui bossent pour elle 6 mois de l’année ! Nous, on est pas du tout la dedans. Alors ok, les françaises sont moins glamour que les américaines mais parce que nous n’en avons pas l’occasion ! Sinon la plupart aimerait !

Mais vous, comment vous y êtes vous prise pour jouer aussi bien le jeu du glamour ?
J’ai appris durant les 3 dernières années. J’avais envie de jouer le jeu et j’y ai pris du plaisir. En tant que française, on a peur au début d’être décalée puisque personne ne joue le jeu chez nous. Moi je suis partie du principe qu’une fille n’est jamais trop habillée et que si j’ai envie de me faire plaisir, je me fais plaisir. Et je prends du plaisir car je me souviens de toutes ces photos d’actrices hollywoodiennes qui m’ont fait rêver et je veux faire rêver de la même façon ! Cela prend du temps pour y arriver car cela ne fait pas partie de notre culture. La française pense que la méga robe fera too much. Mais non, nous avons le droit d’être glamour ! Même quand on fait le tour de France pour promouvoir nos films, il ne faut pas y aller en jean-basket. Si vous mettez un jean, essayez de trouver les chaussures, l’accessoire, le top, le bijou qui va vous habiller chic et vous distinguer. Personnellement, pour m’aider, je travaille avec une conseillère- styliste.

Vous avez donc toujours rêvé d’incarner ce glamour ?
Oui mais je ne savais pas comment faire ! Et je n’étais pas non plus sur d’y arriver (rires). Mais Marion Cotillard a ouvert la voie en allant aux Etats-Unis. Léa Seydoux également.

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En devenant une star hollywoodienne, ne devient-on pas inaccessible pour les réalisateurs français ?
C’est plus difficile mais Marion Cotillard tourne toujours dans des films français. Après c’est un choix de carrière. Ne serait ce que pour des questions d’emploi du temps, on ne peut pas tourner à Hollywood pour avoir une carrière internationale et tourner en France en même temps.

Etre belle et bien habillée et se montrer ainsi pour la promotion d’un film, c’est un plaisir ou, comme pour beaucoup d’actrices françaises, une contrainte liée au métier ?
C’est un plaisir mais cela peut aussi devenir pénible si je dois être glamour en permanence ! Entre la robe, la coiffure, le maquillage, le sac, le vernis etc, une fille a besoin de 2h pour être prête. Un mec il change juste de chemise ! Donc, c’est quand même fatiguant de jouer à cendrillon tout le temps ! Cannes, c’est 3 semaines de préparation à essayer des robes avant de trouver celle qui va. Mais cela fait partie du jeu et du travail. La promotion, ce n’est pas toujours très rigolo mais il faut la faire. Même chose pour les red carpet.

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Apres The Artist, vous avez eu des propositions américaines et pourtant vous n’avez pas enchainé là bas ? Pas manque d’envie ?
Après les Oscars, j’ai enchaine les tournages du Passé, du Dernier Diamant et de The Search qui avaient été signés auparavant. Donc, pendant 2 ans, j’ai dit à mon agent américain que je n’étais disponible pour rien ! Je ne sais pas si j’ai envie de faire carrière à Hollywood mais je lis des scénarii et Michel va réaliser un film américain dont je ferai peut-être partie. D’ici là, je vais tourner en janvier dans un film indépendant avec Tim Roth et Robert Pattison, « L’enfance d’un chef » de Brady Corbet. J’ai adoré l’histoire – la relation d’une mère avec son fils qui sombrent dans la violence, l’autoritarisme, la méchanceté- et je ne fais donc pas un film américain pour faire un film américain. Il me correspond. Sinon, je rêve bien sur de tourner avec beaucoup de réalisateurs et d’acteurs américains. C’est aussi un cinéma qui dispose de moyens de malade qui permettent de réaliser des choses insensées.

Apres The Artist, avec Le Passé et The Search, on est dans l’anti glamour total !
C’est sur ! Je ne suis pas maquillée et je ne porte pas de beaux vêtements ! Mais ce n’est pas une volonté de ma part de prendre le contre-pied de The Artist. A présent, j’aimerai montrer autre chose de moi en tournant une comédie.

Vous avez également un côté « girl next door », la voisine abordable. Vous le cultivez ?
(Rires) C’est vrai, vous avez raison ! Avec les médias, je ne veux pas mettre trop de distance car rencontrer les journalistes fait partie du travail. Je ne vais pas commencer à dire que l’interview dure 7 minutes et que je ne veux pas de questions sur tels et tel sujets. Ensuite, faire rêver c’est dans les avant-premières, les red carpet, les photos. C’est justement parce que j’ai cette image de Girl Next Door qu’il est important de montrer que je suis aussi glamour, d’insuffler autre chose. En même temps, quand je signe des autographes, je parle avec le public. C’est ma nature, j’aime les gens, je vais vers eux. Je pense qu’il faut être « glamour accessible » ! C’est aussi ca qui fait de vous une actrice populaire et je suis fier que des réalisateurs populaires continuent de m’appeler. Moi les Ch’tis j’adore et je trouve formidable que cela fasse 20 millions d’entrée !

Étonnamment, vous qui êtes une star et aimez le glamour, vous n’êtes l’égérie d’aucune marque de luxe. Pourquoi avez-vous refusé les propositions qui vous ont forcément été faites ?
Parcequ’après The Artist, alors que le public me découvrait réellement, j’ai voulu rester libre et différente. Je n’avais pas envie d’appartenir à une marque. Je ne suis pas tellement fashion-addict et je préfère mettre ce que je veux : c’est Bérénice qui porte un vêtement, ce n’est pas quelqu’un qui me fait porter un vêtement ! (Rires) Mais je reconnais que ce type de contrat offre une liberté financière qui permet à une actrice ou un acteur de choisir ses films et de ne pas accepter de tourner dans n’importe quoi. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance ces 3 dernières années dans les propositions qui m’ont été faites. On verra demain si j’ai besoin de contrats publicitaires pour conserver ma liberté de choix. Je ne suis pas fermé mais il faut venir tout doucement…

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Vous avez tout de même des chouchous dans la mode ?
Je connais Monsieur Elie Saab depuis 15 ans et je porte souvent ses créations que j’adore. J’aime aussi Alexis Mabille, Valentino, Maxime Simoëns et ce sont des personnes qui m’aiment. Mais, par exemple, Elie Saab ne prend pas d’égérie. Nous avons une autre forme de « collaboration ». J’aime aussi des marques moins luxueuses mais suffisamment haut de gamme et tendance pour justement ne pas arriver à une avant-première à Lille ou à Dijon en jean-basket sans être pour autant over-dressed. Je pense à Bash, Vanessa Bruno ou Jérôme Dreyfuss. Avoir le dernier petit manteau à la mode donne une image plus glamour même pour une simple avant-première.

Beaucoup d’actrices françaises considèrent pourtant que leur travail est sur l’écran et s’arrête donc après le clap de fin…
Oui mais c’est faux car ce qui leur a donné envie de faire du cinéma, ce sont aussi les photos glamour d’actrices dans les magazines ! Regardez les photos de Marion Cottillard ou de Lea Seydoux : elles sont sublimes. Moi, je commence tout juste à faire de belles séances. L’an dernier, j’ai refusé un shooting avec Peter Lindbergh parce que Darty venait chez moi ce jour là ! (Rires) La boulette ! Je me suis fait taper sur les doigts (rires). Depuis, j’ai fait une séance avec Paolo Roversi. Une expérience de dingue. J’ai ressenti une véritable émotion de cinéma sur son plateau et en voyant le résultat j’ai pleuré ! Je veux continuer. C’est hyper important, c’est ça qui va susciter le rêve ! Et je suis fier d’offrir ça au public !

Le glamourama de Thierry Ardisson

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Le Glamour, c’est la femme ! Pour moi, Audrey Hepburn est l’incarnation du glamour, il n’existe rien au-delà d’elle. Le glamour n’est pas le sexy. Dans le glamour, il y a quelque chose de plus pur, plus épuré, plus absolu. Le Glamour, c’est la femme inaccessible. Le glamour est ce qui fait rêver, s’échapper du quotidien, et qui provoque un sentiment de bonheur parfumé.

Le Glamour est intemporel. Il traverse les époques. Nous assistons d’ailleurs à un véritable revival autour d’Audrey Hepburn ! Je pense aussi à Balanciaga, Givenchy, à Dior, à Hollywood, aux Années 50, derniers feux du glamour. Après, survient la révolution rock des Années 60 et on quitte cette esthétique ultra classe qu’exprimaient les photos de Horst P. Horst ou de Guy Bourdin. Puis, avec l’époque hippie, ce fut anti-glamour au possible ! Le glamour est revenu avec Le Palace. Des gens riches ou pauvres, célèbres ou pas, passaient la journée à se demander comment ils allaient s’habiller pour paraître le soir. Il existait une « scène » glamour. Aujourd’hui, c’est fini. Les gens ne s’habillent même plus pour aller à l’Opéra ! Je suis attristé par le manque de glamour actuel de la société, par la façon dont elle s’enlaidit. Ça commence avec « Schrek » au cinéma et ça finit par les jaunes citron les verts pomme, et les rose fushia chers à Valérie Damidot ! Mais le Glamour reviendra !

Mon père était fan des plumes. Tout petit, il m’a transmis ce goût en me mettant devant les films de chorus-girl comme les Ziegfeld Follies ou ceux de Busby Berkeley. J’ai retrouvé ce glamour plus tard, dans les grandes fêtes du Palace, celles de Karl Lagerfeld, d’Yves Saint Laurent ou de Kenzo… C’est ce que j’ai voulu ensuite apporter en télé. Dans le générique de « Double Jeu », je descends le grand escalier des Folies Bergère entouré de danseuses emplumées. On est au cœur du glamour ! « Bains de Minuit » est mon émission la plus glamour. J’ai fait une émission ultra branchée avec des gens que je mettais en scène de façon glamour. Le climax fut une séquence de 1987 dans laquelle Guy Cuevas, disc jockey du « 7 » et du « Palace », affalé dans un sofa tel un empereur romain, regarde Pierre Combescot, (Prix Médicis en 1986 pour « Les Funérailles de la Sardine » & Prix Goncourt en 1991 pour « Les Filles du Calvaire ») danser en tutu dans la piscine vide des Bains Douches avec Frédéric Bourgeois, alias Ubu Superstar !

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Audrey, l’amour glamour. Je collectionne les peintures de cocottes de Jean-Gabriel Domergue. Avec leurs cous trop longs et leurs bibis sur la tête, les femmes qu’il peignait étaient incroyablement glamour. Je vivais donc seul dans mon appartement de la rue de Rivoli au milieu de ces tableaux quand un jour, sur LCI, je tombe sur Audrey Crespo-Mara, un Domergue vivant ! Je n’ai eu alors de cesse que de l’épouser. Et pour notre mariage, je voulais qu’elle ait une robe glamour. Ne la trouvant nulle part, je l’ai finalement dessinée un soir au restaurant sur la nappe et j’ai demandé à Dior de la réaliser. Au final, c’est du Dior Old School, très « Christian », du Dior d’avant le chic-trash de Galliano. Puis, j’ai fait réaliser un portrait d’Audrey à la manière de Domergue. Enfin, nous avons fêté notre mariage au Meurice où j’avais aussi bien invité des stars que ma concierge, comme au Palace. Ce fut une party glamour !

Le Festival de Cannes, dernier refuge du glamour. J’aime le Festival de Cannes pour les robes longues, les smokings et les filles pieds nus dans le sable à 4h du matin, leur stilettos à la main. Le smoking, dernier costume folklorique occidental ! Malheureusement, il est aujourd’hui mal vu de dépenser son argent, surtout pour faire la fête… Subsistent à Hollywood et les red carpet.

La Monarchie est glamour. Je suis fou de Kate, William et Baby George ! Quand on les voit, c’est évidemment autre chose que François Hollande et son casque sur la tête qui va retrouver sa maîtresse ! C’est le couple « témoin » qui symbolise tous les couples. Kate et William sont glamour à mort !

La Facel Vega et la 404 Coupé sont glamour. J’essaie de vivre entouré d’objets glamour telles ces magnifiques automobiles que je ne conduis pas, je n’ai pas le permis de conduire, mais que j’aime les sortir dans la cour de ma maison en Normandie, juste pour le plaisir de les admirer. Comme pour les femmes, c’est une histoire de carrosserie !

Les palaces sont glamour. J’ai passé la moitié de ma vie au Bristol et l’autre au Meurice. J’ai baptisé mes enfants au Bristol et je me suis marié au Meurice. Par leur architecture, leur décoration, leur ambiance feutrée, les beautiful people que l’on y rencontre, les palaces sont les derniers lieux glamour !

Charlotte Gabris, la Meuf qui monte

Charlotte Gabris. Retenez bien ce nom car 2015 devrait être l’année de cette jeune comédienne. Son « palmarès » est pourtant déjà impressionnant : un seul-en-scène, Comme ça c’est mieux, remarqué par le public et salué par la critique, des collaborations radio sur Europe 1 avec Laurent Ruquier puis Michel Drucker, une scène sur Canal + avec Djamel et, depuis octobre, le rôle de « La Meuf d’Ali Badou » dans la Nouvelle Edition, toujours sur Canal +. La suite, avec du théâtre, du cinéma et toujours de la télévision, s’annonce sous les meilleures auspices. A 27 ans, Charlotte Gabris ne perd pas de temps et fonce sur la route de la gloire…

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« Notre génération de comédiens s’est prise en main et sait qu’il ne faut pas attendre que le téléphone sonne ; il faut écrire ses shows, démarcher les productions, être polyvalente, dans la comédie, le cinéma, le théâtre. J’ai compris cela en séjournant un an aux Etats-Unis et en discutant avec des artistes et des producteurs » confie la jeune battante. Charlotte Gabris a toujours eu la vocation. Née en Suisse d’une mère allemande et d’un père hongrois (et psychiatre !), l’enfant ne grandit pas dans un environnement artistique. Mais à 7 ans, elle s’inscrit au théâtre et, dés lors, ne dévie pas de son objectif : être comédienne. « Tout le monde dans ma famille a fait des études dites sérieuses et moi j’ai fait à Lausanne une classe pré-conservatoire » raconte la jeune femme. « Comme je n’ai pas eu l’audition que je souhaitais au Grand Conservatoire, je suis partie un an aux Etats Unis pour suivre différents stages de théâtre puis, à mon retour, je me suis installé à Paris pour suivre les cours du Studio d’Alain de Bock ». Amoureuse des voyages et de la littérature, notamment de la littérature allemande, Charlotte Gabris a d’abord envie d’écrire. « Je rêvais de cinéma mais la scène me permet de toucher directement les gens, qu’ils se reconnaissent dans mon propos et qu’ensemble on dédramatise certaines choses » explique-t-elle. Ce sera, de scènes ouvertes en petites salles jusqu’au Théâtre de Dix Heures puis le Théâtre du Splendid, J’en ai marre, premier jet en 2005, et surtout Comme Ca c’est mieux en 2012. Entre temps, la comédienne est repérée par Laurent Ruquier au Festival de Montreux. « Une expérience incroyable ! Faire ses armes à 21 ans sur Europe 1 avec Ruquier!  » s’étonne encore Charlotte Gabris. En 2013, chez Michel Drucker, toujours sur Europe 1, elle brosse chaque matin le portrait décalé de l’invité. Canal + la remarque. Une apparition au Jamel Comedy Club puis, cet automne, la Nouvelle Edition où elle incarne, les mardis et mercredis à 13h40 La Meuf d’ALi Badou, aussi insupportable que bavarde.
La voici désormais partie pour une tournée française d’une trentaine de dates avec Comme ça c’est mieux. « Je joue des personnages qui parlent de l’excès dans la joie, la tristesse, la jalousie, l’amour, la sensibilité, la susceptibilité, et le but est que le public passe du rire aux larmes. Je pars de mon observation des gens, des rencontres que je fais et j’exagère certains traits de caractère. Je parle des sentiments qu’on peut avoir dans la vie et qu’on a pas envie d’assumer parce que la société nous dit que ce n’est pas bien, qu’il faut pas être comme çi ou comme ça alors qu’en fait on peut être soi-même et le vivre très bien » raconte Charlotte Gabris qui reconnait le caractère autobiographique de son texte. « Oui, je suis moi-même excessive. Je vis chaque sentiment à la puissance 1000 ! C’est parfois bien, c’est parfois fatiguant pour mon entourage » sourit cette comédienne à fleur de peau.
En janvier, elle sera dans Baby Sitting 2, après un petit rôle dans le premier opus. Elle sera également au théâtre tous les soirs dans une pièce en cours de finition. Et, en sus de ses interventions à la Nouvelle Edition, elle écrit son premier long-métrage, un sujet de société sur fond de comédie romantique. En 2015, Charlotte Gabris connaîtra l’ivresse des cimes, puissance 1000 !